Jean-Éric Schoettl : «Sans un big bang de l’autorité, la violence établira ses quartiers à l’école»

Face à la multiplication des agressions dans le cadre scolaire, il est urgent d’adopter des mesures fortes pour rétablir le respect de l’autorité dans les établissements, argumente l’ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel.


Carence de l'autorité. Celle des parents, comme celle des maîtres et celle de l'État. Pour expliquer la montée de la violence chez les mineurs, ce diagnostic est désormais largement partagé. Les drames récents, aux lourdes connotations ethno-religieuses (enseignants agressés dans les salles de classe, passages à tabac d'élèves aux abords des établissements scolaires), ont décillé beaucoup d'yeux. C'est une victoire sur le déni, car, hier encore, un tel diagnostic aurait été taxé de fantasme réactionnaire.

Toutefois, pour déboucher sur une thérapeutique opératoire, il faut aller jusqu'au bout du diagnostic. La nostalgie de l'autorité perdue ne suffit pas à remonter la pente. Pour que l'autorité s'affirme, il faut que la société dote sans réticence son titulaire des moyens effectifs et suffisants (matériels, juridiques, statutaires, psychologiques) d'exercer sa fonction. Ce n'est pas le cas aujourd'hui et cela donne la mesure de l'effort à accomplir pour restaurer ce qui peut l'être de l'autorité perdue.

Prenons le cas du proviseur du lycée Maurice-Ravel, à Paris, confronté à l'élève qui refuse de retirer son voile dans l'enceinte de l'établissement. Peut-il, face à ce refus, déclencher des poursuites disciplinaires ? Les circulaires n'évoquent de telles sanctions que d'une plume tremblante, mettant sans cesse en avant la nécessité impérieuse du « dialogue » (avec l'élève, avec les parents). Hier l'élève insolent était consigné et, de surcroît, réprimandé par ses parents. C'était la double peine. Aujourd'hui beaucoup de parents demandent des comptes (lorsqu'ils ne le bousculent pas) au professeur qui ose admonester leur progéniture. Aujourd'hui, une suspension de plusieurs jours pour comportement illicite, agressif ou injurieux impose de réunir un conseil de discipline dont la composition n'est nullement acquise aux responsables scolaires. Dans les quartiers à forte population immigrée, une certaine paranoïa communautaire paralyse les responsables scolaires lorsqu'ils auraient des velléités de sévir.

Jean-Éric Schoettl: «Sans un big bang de l’autorité, la violence établira ses quartiers à l’école» (lefigaro.fr)

La doctrine est gravée dans le marbre des bons sentiments humanistes et pédagogistes : il faut toujours privilégier le dialogue sur la coercition lorsque sont en cause des questions aussi délicates que celles intéressant la personnalité et les convictions.

Le lien entre carence de l'autorité (entendue comme une absence ou une insuffisance de coercition légale) et ensauvagement se manifeste dans d'autres domaines, tous plus ou moins corrélés à la problématique de l'intégration.

Il faut donc remettre en cause le dogme du maintien dans les lieux, notamment en instituant un bail à durée limitée permettant, indépendamment de mesures plus coercitives (expulsions locatives), de ne pas renouveler un bail en cas de mauvais comportement.