Maurice Berger : «Le fonctionnement communautaire, familial ou religieux, légitimise la violence»
Pour le pédopsychiatre Maurice Berger, l’ultraviolence de jeunes filles issues des cités s’explique, en partie, par l’impasse dans laquelle elles se trouvent. Elles sont tiraillées entre les désirs de l’adolescence et leur appartenance à une culture qui réprime ces désirs, ajoute-t-il.
LE FIGARO. - À Montpellier comme à Viry-Châtillon, où un adolescent est mort, les conflits entre jeunes ne se sont pas soldés par quelques coups mais par des agressions d’une violence inouïe. La violence chez les mineurs a-t-elle changé de nature ?
MAURICE BERGER. - Autrefois, la violence des mineurs débutait à l’adolescence chez un mineur élevé dans des familles défaillantes, et il existait un cadre judiciaire ferme. Actuellement, on a affaire à une violence qui débute souvent dès l’enfance, dans des milieux familiaux où règne une violence acceptée culturellement, sur fond d’inégalités hommes-femmes. Les adultes qui font et appliquent les lois raisonnent en référence à leur propre adolescence ou à celles de leurs enfants plutôt bien élevés, aux bêtises qu’on peut commettre à cet âge et qu’il ne faut pas dramatiser.
Le résultat, c’est un immense laxisme pour les mineurs. C’est ainsi que l’agresseuse présumée de Samara, à Montpellier, n’a écopé que de deux jours d’exclusion de son collège pour avoir menacé de viol Samara en 2023, ce qui signifie que le mot « viol » n’est pris que comme un mot en l’air, une insulte en quelque sorte. Ce qui montre aux mineurs violents actuels la gravité des menaces qu’ils profèrent et des actes qu’ils commettent, c’est la réponse qu’y donnent les adultes. Et elle est trop souvent inconsistante.
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Par ailleurs, le procureur qualifie l’agression subie par Samara de « tentative de meurtre ». Il existe une tendance à ne pas considérer que les pieds et les poings peuvent être des armes par destination, hors les situations de strangulation. En conséquence, si une victime meurt suite à des coups de poing et de pieds, l’agression est qualifiée de « coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner » dans des situations où l’intention d’homicide est certaine. Et une fois l’émotion passée, la qualification de tentative de meurtre sera-t-elle maintenue ou atténuée ? Il existe ainsi une manière de « dé-nommer » les choses. Et on sent l’hésitation des parlementaires. Alors qu’on va s’habituer aux homicides commis par des mineurs de 14 ans, on en est encore à parler d’abaissement de l’excuse de minorité à 16 ans. Il faut réécrire une partie du code pénal des mineurs en tenant compte du réel actuel.
La situation de beaucoup d’adolescentes des cités est sans issue. Elles se trouvent face à deux chemins incompatibles.
Le fonctionnement communautaire, familial ou religieux, légitimise la violence puisque le groupe se définit comme victime, tout est de la faute des autres.
