Statut de fonctionnaire, Politiques publiques, Retraites - Par Olivier Babeau


Alors que le gouvernement s’interroge sur la manière de réduire les dépenses publiques, Le Figaro Magazine donne la parole à quatre think-tanks (Iref, Institut Sapiens, Contribuables associés, Fondation Ifrap).

Le président-fondateur de l'Institut Sapiens, Olivier Babeau, fait trois propositions :

1. Limiter le statut de fonctionnaire

Il n’est pas encore trop tard, mais il est minuit moins une pour la France avant une possible grave crise de la dette. L’État doit avoir le courage de remettre en cause l’une des sources les plus considérables de coûts officiels et cachés: le statut de fonctionnaire. À l’exception des missions régaliennes (défense, sécurité, justice), qui peut croire qu’un emploi à vie où l’on progresse à l’ancienneté peut encore être pertinent? Les besoins de compétences vont constamment évoluer et peu de gens s’imaginent aujourd’hui faire le même métier toute leur vie. Surtout, le statut coûte cher et génère une inertie absurde des ressources humaines sur des décennies. Des contractuels mieux motivés par une réelle politique de ressources humaines seraient mis au service d’une masse salariale rationalisée. Grâce aux fantastiques gains de productivité permis par l’intelligence artificielle, leur nombre pourrait être considérablement réduit mais leur efficacité renforcée.

2. Mieux évaluer les politiques publiques

La prolifération incontrôlée des dépenses publiques prend sa source dans le manque patent d’évaluation sérieuse des politiques publiques. Aucune baisse significative et durable des dépenses ne sera possible si l’on ne s’attaque pas à ce problème. Des lois brouillonnes et bavardes qui transforment notre droit en impénétrable maquis sont trop souvent votées sans qu’une étude d’impact sérieuse soit menée ex ante et ex post. Le Parlement doit enfin se saisir de ce rôle qui lui est reconnu constitutionnellement afin d’être un aiguillon d’amélioration pour les décisions de l’exécutif. Dans le cadre de sa revalorisation, une ambitieuse réforme institutionnelle pourrait à la fois diminuer le nombre de parlementaires d’un tiers et mettre une puissante équipe à disposition de chacun d’eux. Cela leur permettrait de mener des travaux approfondis d’étude de l’efficacité des politiques. Pour ce faire, on pourrait rapprocher la Cour des comptes de l’Assemblée nationale, à l’image du National Audit Office britannique.

3. Sous-indexer les retraites de plus de 2000 euros

Il est assez paradoxal, dans un moment où le gouvernement cherche par tous les moyens à réduire les dépenses publiques, de l’observer continuer à en augmenter certaines dans des proportions importantes. La réindexation des pensions de retraite sur l’inflation, décidée au début de l’année, aura coûté plus de 14 milliards d’euros, soit 70 % de l’objectif d’économies recherchées pour cette année. On peut s’interroger sur l’opportunité de cette dépense, pour une population disposant d’un taux d’épargne de 29 % et ayant un niveau de vie supérieur de 5 % au reste des Français. La sous-indexation (voire l’annulation de la hausse) pour les retraités à plus de 2000 euros (afin de préserver les petites retraites) permettrait d’économiser 8 milliards d’euros immédiatement. En parallèle, la France serait inspirée de copier ses voisins en s’appuyant sur la capitalisation. Cela générerait les surplus de richesses utiles pour financer la hausse du nombre de retraités à venir, et assurer leur niveau de vie sans grever nos comptes publics.