Jean-Pierre Obin : « L’islamisme a gagné du terrain partout, à l’école primaire, au collège, au lycée et même dans les établissements privés »
L’ancien inspecteur de l’Éducation nationale et auteur du célèbre rapport « Les signes et manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires » en 2004, Jean-Pierre Obin répond aux questions d’Epoch Times sur la montée de l’islamisme à l’école à l’aune des événements qui se sont déroulés au lycée Maurice Ravel à Paris. Dans son dernier ouvrage Les profs ont peur, il recueille des témoignages d’enseignants. Certains d’entre eux lui ont confié qu’ils ne se sentent pas soutenus par leur hiérarchie en cas d’altercation avec un élève. Dans un cas particulier, il y a même eu une collusion entre des militants islamistes et le rectorat.
Lire également - Lettre à ceux qui n’ont pas voulu voir monter l’islamisme - Par Iannis Roder (mechantreac.blogspot.com)Epoch Times : Le proviseur du lycée Maurice Ravel a démissionné en raison de menaces de mort dont il faisait l’objet. Il avait demandé à une élève de retirer son voile. Vous avez écrit plusieurs ouvrages et effectué de nombreux travaux sur la montée de l’islamisme à l’école et des atteintes à la laïcité. Comment jugez-vous l’évolution de la situation depuis la rédaction de votre rapport de 2004 ? Estimez-vous que les islamistes ont gagné du terrain à l’école ?
Jean-Pierre Obin : J’ai écrit deux ouvrages sur la montée de l’islamisme à l’école ; l’un en 2020, Comment on a laissé l’islamisme pénétrer l’école et, l’an dernier, Les profs ont peur. Dans ces deux livres, je développe précisément l’ampleur de cette progression et tous ses aspects, d’abord territorial, puisqu’il n’y a plus aucun territoire protégé, bien que les zones d’éducation prioritaire soient sans doute plus affectées que d’autres endroits, mais plus aucun territoire n’est épargné.
En 2004, il y avait quelques dizaines d’établissements qu’on avait pu inspecter, mais ce qui s’y produisait n’était pas généralisable. On n’observait pas grand-chose non plus dans l’école primaire. Mais aujourd’hui, un quart des instituteurs déclarent avoir déjà subi des contestations de cours. On note également que l’autocensure se développe dans le primaire, certes pas au même niveau que dans le secondaire puisqu’un enseignant sur deux au collège et au lycée affirme s’être déjà autocensuré, mais le phénomène est bien là.
Il y a une progression générale de la peur des professeurs avec des pointes dans certaines matières. Par exemple, l’histoire-géographie et l’éducation civique sont plus affectées que les autres enseignements par l’autocensure. C’est notamment lié au traumatisme des enseignants d’histoire-géographie après l’assassinat de Samuel Paty.
