Audition de CNews : comme un invraisemblable parfum de procès de Moscou à l'Assemblée nationale - Par Céline Pina et Maxime Tandonnet
Dans le cadre de la Commission d’enquête sur l'attribution des fréquences de la télévision numérique terrestre, des journalistes de CNews et les dirigeants du groupe Canal+, ont été auditionnés ce jeudi au Palais Bourbon.
Céline Pina : Que le Conseil d’Etat a ouvert une boîte de Pandore qui n’est pas prête de se refermer et qui récèle bien des dangers pour l’avenir de la démocratie. Vouloir faire la police de la pensée finit toujours en procès de Moscou, on en a eu la preuve lors de cette commission d’enquête.
On dit qu’il vaut mieux vivre en théorie, parce qu’en théorie tout se passe bien. C’est quand on passe au cas pratique que cela se gâte. A vouloir porter le coup de grâce à CNews, LFI et l’Assemblée nationale se sont ridiculisés. Pour LFI on a l’habitude, mais l’Assemblée est un garant de notre système démocratique, qu’elle devienne un lieu d’exercice d’une forme d’inquisition devrait nous inquiéter. Une fois de plus, à cette occasion, LFI a montré sa dimension violente et totalitaire. A l’origine de cette commission d’enquête, c’est eux qui lui ont donné ces allures inquisitoriales. Mais l’agressivité ne remplace pas le talent et ce à quoi on a assisté était une démonstration de dogmatisme idéologique, mâtinée de mépris pour les personnes. L’impolitesse et la morgue de LFI n’ont échappé à personne, leurs méthodes et leurs intimidations non plus. Le contraste était frappant entre le positionnement respectueux et dignes des représentants de CNews et celui agressif et déshumanisant des députés LFI. On a en effet assisté à un procès de Moscou, avec dans le rôle des commissaires politiques, les députés insoumis. Ceux-ci ont souvent dérapé, interrogeant les représentants de CNews sur leurs opinions personnelles, exerçant une véritable police de la pensée.
Or tout le raisonnement visant à faire un procès à CNews leur reprochant de ne pas inviter suffisamment de gens de gauche sombre dans le ridicule quand dans le même temps, ces mêmes députés insoumis et une partie de la gauche boycottent les médias qu’ils jugent impurs. A la fin, ces gens demandent que l’on élimine un média dans lequel ils ne sont pas assez représentés alors qu’en refusant d’y aller, ils organisent eux-mêmes le refus du pluralisme. Ce sont eux et non CNews qui font en sorte de rendre le pluralisme impossible et qui ensuite, au nom de cette impossibilité, réclament la suppression de ceux qu’ils considèrent comme des ennemis. Pour mieux tuer son chien, on dit qu’il a la rage, LFI vient parfaitement d’illustrer cet adage. Sachant que leur notion de l’impureté commence au refus de partager leurs obsessions, le champs de l’illégitime ne cesse de s’étendre, rendant la perspective de la multiplication des procès de Moscou extrêmement crédible.
Le problème est que ces mises-en-scène choquantes et indignes d’une démocratie ont eu lieu au sein même d’une des institutions les plus fondamentales pour notre vie démocratique, l’Assemblée nationale. Et qu’elles sont la conséquence de la faillite du Conseil d’Etat qui pour régler ses comptes idéologiques n’a pas hésité à relancer de fait la censure et le délit d’opinion. Au Parlement, lieu d’exercice des libertés démocratiques, on a vu des représentants de la Nation incapables de conserver la moindre tenue, instrumentalisant l’intérêt général pour servir leurs intérêts partisans, mettant en avant le pluralisme pour exercer une police de la pensée qui s’en prend autant aux idées qu’à ceux qui les portent. Ce spectacle désastreux est représentatif d’une gauche qui a oublié sa dimension républicaine et démocratique et qui renoue avec ses vieux démons totalitaires.
Maxime Tandonnet : Cette commission est un spectacle hallucinant qui donne une impression d’Etat totalitaire. Car la démocratie repose sur la séparation des pouvoirs, et la presse, qu’elle soit radio ou télévision est bien un quatrième pouvoir. La démocratie est inconcevable sans une presse et des médias indépendants des autres pouvoir, législatif, exécutif et judiciaire. Nous avons en France une tradition de service public très puissant de la radio-télévision avec France Inter, France 2 et France 3. Ce service public est lui dépendant de l’Etat.
Mais à côté, des chaînes privées qui sont, elles, indépendantes. Les radios libres – et donc télévisions libres – ont été instaurées par François Mitterrand en 1981. Auparavant, il existait un monopole de l’Etat sur les ondes. Le principe même est que ces radios et télévisions sont libres dans leur expression. Est-ce cet acquis, qu’il faut bien le reconnaître, nous devons à François Mitterrand en 1981, que l’on veut remettre en cause ? Ce serait un incroyable recul sur le plan des libertés – un de plus.
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