La Cour des comptes allemande dresse un tableau apocalyptique de la transition énergétique - Par Samuel Furfari

La Cour des comptes allemande dresse un tableau apocalyptique de la transition énergétique déployée par Berlin dans un rapport.


Atlantico : La Cour des comptes allemande dresse un tableau apocalyptique de la transition énergétique déployée par Berlin dans un rapport. Quels sont les principaux enseignements des conclusions de la Cour des comptes fédérale allemande concernant la transition énergétique ?

Samuel Furfari :
Elle a estimé que malgré les coûts astronomiques pour faire la promotion des énergies renouvelables, les résultats escomptés n’ont pas eu lieu. Il y a beaucoup de retard par rapport aux objectifs qui avaient été fixés. Il y a également un manque flagrant d’investissements dans les infrastructures.

Le développement des éoliennes ou de certaines centrales a notamment été freiné par manque d’infrastructures et d’investissements, notamment pour les lignes aériennes pour transporter l’électricité. La Cour des comptes souligne ces retards dans les objectifs et les infrastructures.

Selon les chiffres de la Cour des comptes allemande, le retard par rapport à la planification pour l’extension du réseau serait en mauvaise voie. Il y aurait un retard de sept ans et de 6000 kilomètres apparemment. Il serait nécessaire d’investir plus de 460 milliards d’euros pour l’expansion du réseau électrique. Sachant que les tarifs de l’électricité ont déjà augmenté de 43 % pour les clients résidentiels et de plus de 32 % pour les clients commerciaux et 80 % pour les clients industriels, ne va-t-il pas y avoir un rejet massif de la politique de l’EnergieWende?

Cette question est fondamentale. En aval des centrales électriques, il y a tout un réseau électrique entre la productionet votre interrupteur à la maison. Ce réseau électrique est gigantesque parce qu’il faut transporter en haut voltage beaucoup d’électricité sur des longues distances notamment en Allemagne puisque les éoliennes se trouvent essentiellement dans le nord et la consommation essentiellement dans le sud du pays. Ensuite, elle est transformée à plus bas voltage pour ensuite être distribuée dans les rues jusque dans votre logement. Tout cela coûte extrêmement cher.

En France, une usine qui produit de l’électricité, s’appelle une centrale électrique. C’est la même chose en espagnol et en italien. Pourquoi? Parce qu’à l’origine de la production d’électricité, il y avait une dispersion des usines d’électricité. Chacun développait sa petite usine, notamment en fonction des chutes d’eau disponibles. Il fallait donc construire un réseau aux alentours de cette usine. Progressivement, on s’est aperçu que le bon sens exigeait de ne pas avoir des petites unités, mais d’en avoir une grande centrale. Il fallait centraliser la production d’électricité. Depuis le début XXᵉ siècle, l’objectif a été de construire de grandes centrales.

Or, pour les énergies renouvelables, il ne peut être question de grandes centrales et on nous a inculqué que l’avenir est à la décentralisation, bafouant ainsi les générations d’ingénieur qui se sont évertuées à centraliser la production. Mais à partir du moment où vous considérez que les petites centrales représentent l’avenir, vous devez multiplier le nombre de kilomètres de câbles. La Cour des comptes allemande évoque 6000 kilomètres de retard. La situation est catastrophique et témoigne de l’erreur commise dans la transition énergétique allemande. Afin de justifier tout cela, on a même inventé le concept de «smart grids», réseau intelligent. Pourtant, les réseaux n’étaient pas «stupides» avant. Les réseaux électriques étaient bien gérés par le passé. Dans les écoles polytechniques, dans les sections d’électricité, on a toujours formé des ingénieurs spécialisés en réseaux électriques.

La Cour des comptes allemande dresse un tableau apocalyptique de la transition énergétique déployée par Berlin | Atlantico.fr