Lutte contre la désinformation : fausse bonne idée et vraie panique - Par Dara Macdonald

Loin d’une quête de la vérité, l’envie de juguler les « fake news » ressemble à des élites voulant étouffer les voix dissidentes – et garder un pouvoir qui leur échappe.


Dara Macdonald est une avocate basée à Sydney qui dirige un club privé pour la liberté d'expression. Elle écrit pour diverses publications et sur Substack. Vous pouvez la suivre sur X.

En Australie, un projet de loi entend enrayer la propagation des fake news. Le pays est loin d'être le seul dans cette croisade. Aux quatre coins de la planète, ce sont des réglementations similaires qui ont été proposées ou adoptées ces dernières années. Partout dans le monde, la désinformation sème la panique.

Mais bien plus qu'à une authentique quête de la vérité, cette envie de juguler les fake news ressemble surtout à une envie des élites d'étouffer les voix dissidentes. Tout comme l'imprimerie avait, en son temps, ébranlé l'autorité des clercs médiévaux et leur monopole sur l'interprétation de la Bible, Internet aura permis à de nouveaux acteurs de pénétrer le paysage médiatique et de démocratiser la circulation de l'information.3

Dans le projet de loi australien, qui exempte les institutions médiatiques traditionnelles et le gouvernement pour exclusivement se focaliser sur les nouvelles formes de diffusion – comme la plateforme Substack ou des publications indépendantes, comme Quillette –, la panique de la désinformation se dévoile pour ce qu'elle est : une façon, pour des sources en perte d'influence, de récupérer du pouvoir informationnel.
Une définition sélective de la désinformation

La manière qu'a le projet de loi australien de définir la désinformation révèle son élitisme inhérent. Selon sa note d'orientation, la désinformation désigne « un contenu en ligne qui est faux, trompeur ou mensonger, qui est partagé ou créé sans intention de tromper, mais qui peut causer ou renforcer un préjudice grave ». Il est important de noter qu'en sont exemptés les contenus produits par des organes de presse reconnus, des gouvernements ou des prestataires de services éducatifs, ainsi que les contenus artistiques.

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En d'autres termes, qu'on ne peut jamais qualifier de fausses informations ou de désinformation les contenus diffusés par de grands médias ou par le gouvernement. Sauf que si l'objectif est d'empêcher les mensonges nuisibles, il est illogique d'estimer qu'une institution ayant un maximum d'autorité et de pouvoir serait moins susceptible de causer du tort avec des fake news qu'une source moins réputée.


Cet article est paru dans Quillette. Quillette est un journal australien en ligne qui promeut le libre-échange d'idées sur de nombreux sujets, même les plus polémiques. Cette jeune parution, devenue référence, cherche à raviver le débat intellectuel anglo-saxon en donnant une voix à des chercheurs et des penseurs qui peinent à se faire entendre. Quillette aborde des sujets aussi variés que la polarisation politique, la crise du libéralisme, le féminisme ou encore le racisme. Le Point publie chaque semaine la traduction d'un article paru dans Quillette.