Afrique, une liberté retrouvée pour la France - Par Raphaël Chauvancy
La fin programmée des bases permanente françaises en Afrique marque la fin d’une ère. Ce qui peut apparaître à court terme comme un revers pour Paris constitue surtout une véritable libération stratégique.
Le complexe de la tâche rose
Les relations entre Paris et l’Afrique ont commencé sur un malentendu. Les Français craignaient de se faire distancer par les Anglais, alors ils ont colonisé l’Afrique par mimétisme. Londres avait un plan stratégique et colonisait pour s’enrichir. Paris l’a fait un peu par hasard. Il fallait donner du sens à l’empire inutile. On a trouvé le prosélytisme des « valeurs ». Et le rayonnement.
Les mêmes causes produisant les mêmes effets, les Britanniques se sont retirés quand les charges impériales ont menacé d’excéder les bénéfices. En revanche, liés par ce qu’ils jugeaient être leur devoir moral et par une illusion de grandeur, les Français ont conservé à grands frais des liens étroits avec leurs anciennes dépendances, qui ne demandaient pas mieux.
La présence militaire française a servi d’assurance-vie aux pays-hôtes. Paris y a également trouvé son compte, qui n’était pas de sécuriser l’accès à des ressources limitées que l’on trouvait ailleurs. L’Afrique francophone ne comptait, et ne compte toujours aujourd’hui, pour rien dans l’économie française. Même le fameux pétrole du Gabon n’est que marginal pour Total, par rapport à celui du Nigéria ou de l’Angola.
L’intérêt de la France pour la région était statutaire. Sa place en Afrique appuyait ses prétentions de puissance globale et donnait du poids à sa diplomatie.
Avec les années, les bases en Afrique sont ainsi devenues le village Potemkine de la puissance française. Elle lui donnait un sentiment de grandeur tout en cultivant indirectement le complexe de la tache rose, la couleur de l’empire sur les vieilles cartes coloniales.
Il était temps de revoir un dispositif qui avait fait son temps. Paris a pris la décision de réduire drastiquement la voilure. Certains de ses alliés ont jugé qu’une présence française réduite à des effectifs symboliques n’avaient pas grande utilité et présentait plus d’inconvénients que d’avantages.
« La France a perdu le Tchad et le Sénégal », a-t-on lu dans la presse. Le commentaire révèle un mode de pensée obsolète. La France « n’avait » pas ces pays souverains.
Le Tchad dispose de l’armée la plus opérationnelle de la région. Elle est en mesure d’assurer ses missions. C’est plutôt une bonne nouvelle. Le départ des Français ne signifie pas l’arrivée des Russes mais l’autonomisation des Tchadiens.
Que la démocratie sénégalaise se sent suffisamment forte et sûre d’elle pour se passer désormais d’une présence militaire étrangère est sain. N’était-ce pas le but poursuivi la coopération bilatérale ? Le Sénégal n’envisage pas non plus de substituer les Russes aux Français. Il veut affirmer sa souveraineté au moment où la France entend diminuer ses charges. Il y a moyen de s’entendre.
Plus que le fond, une communication agressive et une instrumentalisation douteuse, liées à des questions politiques internes, sont raides à avaler. Ça passera.
En 1967, les derniers soldats américains ont quitté le sol français à la demande du général de Gaulle. Washington n’en est pas moins demeuré son premier allié. Une relation ne doit pas être analysée sous le prisme d’un mode d’action.
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