Iran : l’onde de choc de la chute d’Assad atteint Téhéran - Par Emmanuel Razavi
En quoi la chute du régime syrien impacte-t-il le régime iranien ? Emmanuel Razavi, Grand reporter franco-iranien spécialiste du Moyen-Orient, qui couvre l’actualité iranienne notamment pour Paris Match, et qui a publié « La face cachée des Mollahs » (Cerf), répond à nos questions.
Atlantico : Depuis la chute de Bachar al-Assad, une partie de la presse française s'interroge sur les gagnants et les perdants de cette nouvelle situation politique. L'Iran, aux yeux de beaucoup, appartient à la deuxième catégorie. Quel sera l’impact pour le régime des mollahs ? Qu'est-ce que la chute d'Assad implique, de façon plus générale, pour l'arc chiite ?
Emmanuel Razavi : Il semble bien qu’il n’y a désormais plus d’arc chiite, encore moins « d’axe de la résistance ». Tous ces éléments de langage ont volé en éclats. Car le régime des mollahs n’a pas eu la capacité de protéger ses proxys des attaques israéliennes, que ce soit à Gaza, ou au Liban. Il n’a pas su non plus défendre son allié syrien, qui était pourtant important pour lui. Il l’a abandonné, pour une raison simple : la République islamique a vu une importante partie de ses capacités balistiques détruites par les frappes israéliennes. Sa défense sol air est en partie paralysée. Elle est par ailleurs traversée par des dissentions au sein même du Corps des Gardiens de la Révolution. Des sources iraniennes indiquent ces derniers jours que les pasdarans critiquent la stratégie d’Ali Khamenei, le guide suprême de la Révolution, à cause de son incapacité à soutenir Bachar al Assad et son régime et à soutenir le Hezbollah libanais. Et puis il ne faut pas oublier le contexte iranien : la révolte « femme, vie, liberté » est toujours active, même si elle a muté. Enfin, le pays fait face à une crise économique sans précédent, et un Iranien sur deux vit en dessous du seuil de pauvreté. Il y a aussi une rupture générationnelle profonde en Iran, pays où la moyenne d’âge est 32 ans, qui traverse presque toutes les couches de la société. Ce matin, l’un de mes contacts au sein du régime iranien m’a dit « que la République islamique pourrait tomber bien plus tôt que ce à quoi l'on s'attend. »
