Kamel Daoud et Boualem Sansal sont les Lumières d’aujourd’hui - Par Abnousse Shalmani
Leur esprit critique les rend suspects aux yeux d’une trop grande partie de la gauche dévoyée, d’intellectuels de salon qui murmurent "traîtres" d’éditos en débats, reprenant le narratif d’un Etat voyou.
Boualem Sansal, 75 ans, naturalisé français depuis peu, algérien depuis toujours, dort en prison à Alger. Boualem Sansal, ingénieur de formation, chef d’entreprise, haut fonctionnaire dans une première vie, devenu écrivain au cœur des années noires de la guerre civile algérienne, prenant la plume pour contrer l’islamisme qui insidieusement prenait ses aises dans les mentalités, dans les rues, jusqu’au cœur du régime militarisé – qui pensait les contenir en leur servant la soupe du compromis –, est accusé de terrorisme. Boualem Sansal, écrivain, est prisonnier de l’autocratie et de l’islamisme, il est entre des mains de fer de forces résolument hostiles, qui ont décidé, sur fond d’éternelle brouille franco-algérienne, de faire de l’homme de lettres un épouvantail pour imposer un silence de plomb à tous.
(...)
En parallèle, Kamel Daoud est calomnié depuis Alger. Le Prix Goncourt 2024 est l’objet d’une cabale orchestrée par le régime algérien, qui lui reproche d’avoir osé raconter les années de guerre civile malgré la loi sur la réconciliation nationale qui muselle toute possibilité de mémoire. Ce qui est reproché à Kamel Daoud et Boualem Sansal est de s’être échappés de la prison algérienne façonnée par le FLN depuis 1962, d’avoir dit "non" à l’abêtissement généralisé et de n’être pas antisémites. Et c’est cet esprit critique qui les rend si suspects aux yeux de grands médias français, d’une trop grande partie de la gauche dévoyée, d’intellectuels de salon, de chercheurs de pacotille qui murmurent "traîtres" d’éditos en débats, reprenant le narratif d’un Etat voyou, ne parvenant pas à accepter une autre image de l’Arabe musulman que celle façonnée sur mesure par les islamistes.
