Benjamin Morel : «Michel Barnier, les dessous d’une chute»

Deux erreurs stratégiques majeures ont écourté la vie du plus éphémère gouvernement de la Ve République, argumente le constitutionnaliste Benjamin Morel.


Le mercredi 4 décembre 2024, l’Assemblée nationale a censuré un gouvernement pour la seconde fois de la Ve République. Il y a pourtant bien des différences avec la chute de Georges Pompidou le 5 octobre 1962. Il n’y avait pas, de la part du gouvernement Barnier, la volonté crâne de tenir une ligne en s’appuyant sur le soutien de l’Élysée et de l’opinion. Derrière une rigidité de façade, peu de premiers ministres auront autant cédé et concédé pour éviter la censure.

Les oppositions, pour leur part, ont censuré contre leurs intérêts. Marine Le Pen a été amenée à choisir entre consolider une base électorale potentiellement très abstentionniste, qui l’avait déjà abandonnée aux dernières régionales, et rassurer les électeurs modérés dont elle a besoin pour accéder au pouvoir. Elle a fait le choix du moindre mal, au risque d’abîmer son image et de fragiliser sa stratégie.

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Le Parti socialiste, pour sa part, pouvait retrouver un espace en devenant le réceptacle des déçus d’un macronisme se droitisant par nécessité d’alliance. Par ailleurs, l’ouverture des négociations gouvernementales va nécessairement attiser les divergences stratégiques entre des partis en désaccord sur le fond, mais condamnés à s’entendre au sein du NFP. Si cette censure est dommageable pour le pays, et qu’aucune des parties en présence n’y avait fondamentalement intérêt, comment en sommes-nous arrivés là ? Quel mécanisme tragique, au sens grec, théâtral et fatal du terme, s’est-il mis en place ? Comment les groupes politiques en sont-ils venus à marcher à la censure comme des zombies ?

Pour le comprendre, il faut revenir sur deux erreurs stratégiques majeures qui ont écourté la vie du plus éphémère gouvernement de la Ve République.3

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