Par Matthieu Rougé : “Croyants ou non, n’oublions pas ce que nous offre le message de Jésus en célébrant Noël”

Quoique Noël soit aujourd'hui célébré par de nombreux Français qui en oublient ses racines profondes, il s'agit avant tout d'un moment particulier pour la communauté chrétienne. Son message de fond est d'autant plus important par les temps qui courrent. Entretien avec Mgr Matthieu Rougé.


Mgr Matthieu Rougé, évêque de Nanterre, est membre du Conseil Permanent de la Conférence des Evêque de France. Il a publié Un sursaut d’espérance. Réflexions spirituelles pour le monde qui vient aux Editions de l’Observatoire en novembre 2020.

Atlantico : Alors que nous nous apprêtons à célébrer Noël, la naissance de Jésus pour les chrétiens, cet événement est l’occasion de fêtes de famille pour la majorité des Français. Quel sens pouvons-nous encore donner à Noël ?

Mgr Matthieu Rougé :
Le premier sens de Noël demeure le coup d’envoi de l’ère chrétienne par la naissance de Jésus de Nazareth, dont l’enseignement et la vie ont bouleversé et renouvelé l’histoire de l’humanité. Comme elle le fait tous les quarts de siècle, l’Eglise catholique marquera les 2025 ans de cette naissance et de cet avènement par un grand jubilé à partir du 29 décembre prochain. Au-delà du cercle des croyants, la célébration contemporaine de Noël continue d’exprimer le message de Jésus : message d’espérance, de fraternité et d’attention privilégiée aux personnes les plus fragiles.

Que perd notre pays en oubliant les racines chrétiennes des festivités de Noël ?

Quoi qu’il en soit de la conscience que chacun peut avoir des racines de Noël, l’important est d’abord de ne pas taire la bonne nouvelle de sa célébration. De ce point de vue, certaines tentatives de fêter ou de présenter des vœux de Noël sans lui donner son nom apparaissent dérisoires, tout comme la volonté de valoriser les sapins – pourtant de Noël – au détriment des crèches. Cela dit, l’excellent observateur de la société française qu’est Jérôme Fourquet notait récemment que 40% des foyers français font encore une crèche à Noël, que « la crèche fait de la résistance » ! Cette résistance n’est pas identitaire mais culturelle, au sens profond du terme : dans un monde d’affrontement et de performance, la crèche incarne la résistance de la spiritualité, de la fraternité et de la solidarité.

Alors que la crise politique et budgétaire perturbe le quotidien des Français, en quoi les célébrations de Noël permettent-elles de nous rassembler et sont-elles porteuses d’espoir au regard du message de la nativité et de l’esprit de Noël ?

Notre époque oscille entre grands moments de joie et de fierté partagées (comme les jeux olympiques et paralympiques ou la réouverture de Notre-Dame magnifiquement restaurée), de violence militaire et cosmique (comme la guerre en Ukraine et en Terre Sainte ou le cyclone à Mayotte) et d’incertitudes économiques et politiques. Dans ce contexte, la trêve – spirituelle, familiale et solidaire – de Noël sera particulièrement bienfaisante. Il ne s’agit cependant pas d’en rester à une parenthèse enchantée mais plutôt de puiser dans la grâce de Noël, faite de réalisme et d’humilité, des points d’appui pour un meilleur service de la cité.