Aziliz Le Corre : «Chaque année, à Noël, nous célébrons aussi la naissance, ce miracle qui sauve le monde»
Fête de la naissance perpétuelle de Dieu dans l’homme, Noël nous incite à célébrer la natalité et à faire grandir ensemble l’enfance et la divinité, explique la journaliste et essayiste Aziliz Le Corre*.
*Aziliz Le Corre est journaliste, auteur de « L’enfant est l’avenir de l’homme » aux éditions Albin Michel.
Nous nous apprêtons à célébrer Noël. Ce temps est celui de la traditionnelle dinde aux marrons, des avalanches de cadeaux dénichés à bas prix pendant le Black November , et bien sûr, celui des retrouvailles familiales, pour le meilleur, et parfois, pour le pire. Mais cette fête revêt un sens plus profond.
Noël signifie « la naissance » en ancien français. Chaque année, nous célébrons la possibilité de notre propre renaissance au cœur de la naissance elle-même. C’est ce qu’a si bien compris la philosophe Hannah Arendt, elle qui écrit, peu après avoir assisté à une représentation de l’oratorio de Haendel, Le Messie, en 1952 : « Le miracle qui sauve le monde, le domaine des affaires humaines, de la ruine normale, “naturelle”, c’est finalement le fait de la natalité, dans lequel s’enracine ontologiquement la faculté d’agir. En d’autres termes : c’est la naissance d’hommes nouveaux, le fait qu’ils commencent à nouveau l’action dont ils sont capables par droit de naissance. […] C’est cette espérance et cette foi dans le monde qui ont trouvé sans doute leur expression la plus succincte, la plus glorieuse dans la petite phrase des Évangiles annonçant leur “bonne nouvelle” : “Un enfant nous est né”. »
Alors que la confrontation des hommes avec la perspective de leur propre mort constituait jusqu’alors l’horizon central de toute réflexion philosophique, y compris celui de son maître Martin Heidegger, Hannah Arendt fait de la natalité « la catégorie centrale de la pensée politique ». Juive, sans enfant, elle vante le génie du christianisme. La naissance devient le miracle qui sauve le monde. Ce miracle est une promesse de renouveau et la condition première de la liberté. Non pas la simple répétition cyclique de la vie, par laquelle un membre de l’espèce remplace l’autre : l’enfant est célébré comme un nouveau venu, doté d’un nom propre, promis à une histoire singulière.
Aziliz Le Corre : «Chaque année, à Noël, nous célébrons aussi la naissance, ce miracle qui sauve le monde»
