Édouard Tétreau: «Un nouveau 1958 approche… et si c’était une bonne nouvelle ?»
Pour l’essayiste, Edouard Tétreau, l’instabilité politique actuelle, à l’image de la période qui a précédé la proclamation de la Ve République, laisse penser que nous sommes en fin de régime.
Dernier ouvrage paru : Les États généraux en 2022 (Éditions de L’Observatoire, 2020).
Se souviendra-t-on d’Emmanuel Macron comme le président qui aura fait reconstruire Notre-Dame en cinq ans, ou comme celui qui aura liquidé la Ve République en cinq mois ? La question n’est pas rhétorique : depuis juin, ce président pas comme les autres aura dissous, sans raison entendable, une Assemblée très légitime ; poignardé dans le dos un premier ministre prometteur, Gabriel Attal, avant de laisser exécuter un premier ministre particulièrement chevronné,Michel Barnier. Au lieu de refuser sa démission - ce qu’aurait fait un vrai chef sûr de son autorité -, il envoie à Matignon, c’est-à-dire au casse-pipe, le haut-commissaire au Plan François Bayrou. À qui le tour, dans quelques semaines ?
Certaines statistiques ne mentent pas : avec quatre premiers ministres en un an, la Ve République en 2024 est deux fois plus instable que la IVe République, où les gouvernements duraient sept mois en moyenne. Signe et facteur d’une fin de régime, cette instabilité croissante doublée d’une profonde impuissance d’Emmanuel Macron à faire autorité, à l’intérieur du système comme à l’extérieur de nos frontières (le camouflet du Mercosur, la lâcheté envers l’Algérie geôlière de Boualem Sansal), indique que nous nous approchons à grande vitesse du clap de fin.
Ce ne sont pas les menaces ad nauseam de motions de censure législative qui inquiètent : la société civile française (associations, entreprises, familles), les administrations, en particulier régaliennes, ont fonctionné à merveille cet été pendant les JO, sans la moindre pollution d’un exécutif ou d’un Parlement totalement absents. Une autre affaire est la censure que, immanquablement, nos créanciers vont nous imposer dans les semaines ou les mois qui viennent.
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Quel créancier sérieux accepterait un débiteur aussi inconséquent que notre État, triplement incapable ? Incapable de prévoir ses recettes comme ses dépenses (l’erreur à 40 milliards) ; incapable d’augmenter ses recettes (nous sommes déjà leaders mondiaux en prélèvements obligatoires, et la croissance économique, donc les recettes fiscales, s’effondre en ce moment même) ; et notoirement incapable de baisser ses dépenses. Jusque-là, les marchés, rassurés par la personnalité tenace de Michel Barnier, nous ont laissé le bénéfice du doute et un taux à 10 ans de 3 %.
Ils sont en train de perdre confiance, d’autant plus vite que les « mauvais élèves » d’hier, Grèce, Portugal, Italie, Espagne, affichent désormais une discipline financière et, sauf pour l’Italie, une croissance économique très supérieure à la nôtre,l’Allemagne, créancier en chef de la zone euro et de la France en particulier, va se doter d’un gouvernement beaucoup plus à droite, et plus orthodoxe, dans deux mois (élections législatives anticipées).
À l’évidence, du fait de la faiblesse vertigineuse de l’exécutif français, et de la chute de notre croissance, nos créanciers mondiaux, l’Allemagne en tête, vont venir tester nos résistances et notre capacité à nous redresser seuls. Ce moment de vérité, le Portugal, l’Espagne et la Grèce l’ont connu en 2010, lors de la crise de l’euro. Il a eu notamment une vertu : mettre sur le banc de touche les bonimenteurs incapables de confronter le réel autrement que par des slogans. Ce n’est pas le « marxiste libertaire » et fort en gueule Yanis Varoufakis (un Mélenchon en plus jeune) qui a sauvé la Grèce, mais l’économiste Loukas Papadimos et le conservateur Antonis Samaras, avec une série de décisions courageuses, difficiles. En Italie, ce n’est pas l’amuseur Beppe Grillo qui a redressé l’économie et les finances italiennes, mais Mario Monti et Mario Draghi. Idem pour le Portugal et l’Espagne, avec respectivement Pedro Passos Coelho et Mariano Rajoy, conservateurs.
Édouard Tétreau: «Un nouveau 1958 approche… et si c’était une bonne nouvelle ?»
