Des sanctions oui, mais contre qui ? - Par Jean-Baptiste Noé
À défaut d’opposer une riposte militaire, l’Europe a dégainé l’arme économique pour contrer l’invasion russe en Ukraine. Les sanctions devaient faire plier Moscou, mais c’était oublier que l’économie étant un échange, elle fonctionne à double sens. Sanctionner la Russie, c’est donc aussi sanctionner l’Europe.
Mettre l’économie russe à genoux, tel était l’objectif du ministre Bruno Lemaire en déclenchant un jeu de sanctions contre la Russie. Des propos corrigés par la suite après un démenti du président de la République. Les sanctions économiques ont en effet pour objectif de fragiliser la Russie pour la contraindre à se retirer d’Ukraine, mais sans donner l’impression que l’Europe est en guerre officielle contre Moscou. Telle était la subtile équation à conduire. Puisque l’usage du canon n’était pas possible, surtout face à une puissance atomique, l’Europe abattait la carte de la guerre économique, expression qu’il ne fallait pas prononcer, comme les Russes n’osaient pas dire qu’ils étaient en guerre contre l’Ukraine, mais en « opération spéciale ». La guerre économique devait donc faire plier la Russie, mais sans pénaliser l’Europe, les politiques pensant toujours que l’économie leur est soumise. C’était oublier que l’économie est un échange à somme positive et que pour échanger, il faut être au moins deux. Donc, si une partie est pénalisée, l’autre l’est aussi. Sanctionner la Russie, c’est donc également sanctionner les pays d’Europe.
