Rétablir l'ordre sans restreindre la liberté d'expression - Par Laurent Lemasson
Un rappeur a publié une photo tirée de son prochain clip le mettant en scène à côté du cadavre d'un policier. Le docteur en droit Laurent Lemasson affirme l'importance de ne pas censurer l'artiste d'expression tout en rétablissant l'ordre public.
Laurent Lemasson est Docteur en droit public et science politique, et ancien directeur des publications de l'Institut pour la Justice.
SDM (lire «Saddam»), de son vrai nom Beni Mosabu, est un rappeur français d'origine congolaise, âgé de 26 ans. Après le succès de son premier album «Ocho», sorti en 2021, SDM paraît décidé à grimper quatre à quatre l'escalier de la notoriété: le rappeur a publié sur son compte Instagram des clichés tirés de son prochain clip et, sur l'un d'eux, on le voit debout à côté du cadavre d'un policier dépassant de la portière d'une voiture retournée. Avec pour légende: «Gâchette pressée. Tireur précis. Représailles j'anticipe.»
Immédiatement des syndicats de policiers se sont indignés de cette «apologie de crime» et deux députés européens membres du parti Reconquête ont appelé à ce que soit poursuivi l'ambitieux rappeur. Lequel doit se frotter les mains et compter ses bénéfices par anticipation: quoi de mieux, pour asseoir sa «street credibility» et vendre ses albums, qu'une bonne petite polémique avec la police et «l'extrême-droite» ?
Dans cette affaire, comme dans d'autres semblables qui ont précédé, il n'y a pas lieu de douter de la sincérité de l'indignation des policiers, et on ne peut que partager leur inquiétude face à la violence de plus en plus décomplexée dont sont victimes les forces de l'ordre dans l'exercice quotidien de leur fonction. Mais il faut oser dire que ce genre de réaction est une impasse juridique, politique et morale.
