Pierre-Marie Sève: «L'augmentation de la criminalité oblige à repenser le cadre de la légitime défense»

Ce samedi 4 juin, trois policiers ont été placés en garde à vue puis libérés, après avoir ouvert le feu sur une voiture en fuite, causant la mort d'une passagère. Pour Pierre-Marie Sève, la législation doit être adaptée à la nouvelle réalité de délinquance en France.

Pierre-Marie Sève est délégué général de l'Institut pour la Justice (IPJ), une association de citoyens mobilisés au côté des victimes.

FIGAROVOX. - Samedi 4 juin, lors d'une course-poursuite après un refus d'obtempérer en plein Paris, trois policiers ont ouvert le feu sur une voiture, causant la mort d'une passagère. Ils ont été placés en garde à vue et libérés cet après-midi. Comment trouver un équilibre entre une police non-armée, qui ne fait plus pleur, comme ça a longtemps été le cas en France, et une police «cow-boy», que l'on retrouve parfois aux États-Unis ?

Pierre-Marie SÈVE. -
Il est en effet indispensable de trouver un équilibre entre deux extrêmes: entre une police désarmée matériellement et juridiquement, et une police cow-boy débridée, voire totalitaire. Cet équilibre varie selon l'état de la délinquance que la police a à traiter.

Aux États-Unis, la législation très libérale en matière d'armes à feu, associée à une culture plutôt violente, et ce, de longue date, rend tout à fait logique que le cadre d'usage de ces armes par les policiers soit libéral. Une bavure est vite arrivée car les criminels ont des armes et ont souvent la gâchette facile.

En France, si nous avons une culture plus restrictive sur les armes à feu, c'est parce que la France a longtemps été un pays pacifique, ce que nous pourrions presque oublier aujourd'hui. Jusqu'aux années 1960, la France était un pays particulièrement calme et il y avait très peu de délinquance. En revanche, entre le début des années 1970 et aujourd'hui, le taux de criminalité général a été multiplié par cinq et, entre la fin des années 1980 et aujourd'hui, le nombre de coups et blessures a été multiplié par sept. En France, la réalité de la délinquance et de la violence a changé, ce qui demande, en conséquence, une adaptation de la législation concernant les premiers concernés face à la délinquance: les policiers. L'augmentation de la violence et de la criminalité oblige à ouvrir le cadre de la légitime défense.

Si la France était restée un pays calme et pacifique, nous n'aurions pas cette discussion. Aujourd'hui, elle s'impose. On peut le déplorer, mais cela n'enlève rien à son importance.

Pierre-Marie Sève: «L'augmentation de la criminalité oblige à repenser le cadre de la légitime défense» (lefigaro.fr)