Tenues islamiques à l'école : la laïcité attaquée - Par Malika Sorel et Jean-Pierre Obin

La présence de tenues islamiques dans les établissements scolaires n'est pas un phénomène nouveau. La culture du «pas de vagues» met à mal la laïcité et provoque l'autocensure préventive des enseignants. En réclamant plus d’informations sur le nombre d’incidents liés au port de tenues religieuses traditionnelles à l’école, le ministre feint d’ignorer que tout est déjà juridiquement tranché et connu. Y compris l’impact sur les résultats scolaires.

Jean-Pierre Obin : «Les atteintes à la laïcité sont bien plus nombreuses que les incidents signalés»


FIGAROVOX. - Depuis quelques mois, des professeurs et personnels de la vie scolaire alertent sur la multiplication des tenues islamiques dans les établissements scolaires. Qu'est-ce que cela révèle ?

Jean-Pierre OBIN. -
Ce n'est pas un phénomène nouveau. Depuis la loi de 2004 (sur le «port de signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse» dans les établissements scolaires, ndlr) et sa mise en œuvre, les exemples sont très nombreux. Ces tenues religieuses pouvaient être un compromis dans l'esprit de ceux qui les portaient, un compromis entre l'esprit de la loi et la lettre de la loi. Mais ces signes relevaient d'une volonté d'afficher une identité politico-religieuse. Les exemples sont divers: le bandana, les couvre-chefs d'hiver, les robes longues noires, l'abaya.

Je n'ai pas de chiffres fiables quant à la multiplication de ce phénomène et, à vrai dire, il est difficile d'en obtenir. C'est tout à fait possible qu'il devienne de plus en plus important, et même probable. Si je me réfère à d'autres indicateurs et en particulier aux enquêtes de l'Ifop sur l'ensemble des atteintes à la laïcité, ces événements arrivent de plus en plus souvent et sont bien plus nombreux que les incidents signalés. Les chiffres du ministère ne signifient pas grand-chose en valeur absolue, mais, pris dans la durée, ils reflètent sans doute une aggravation.

Tenues islamiques à l'école: «Les atteintes à la laïcité sont bien plus nombreuses que les incidents signalés» (lefigaro.fr)

Malika Sorel : « Sur les tenues religieuses à l’école, Pap Ndiaye fait le choix de la lâcheté »


Atlantico : Le Service central du renseignement territorial (SCRT) a publié le 8 juin dernier une note confidentielle faisant état de 144 entorses à la loi de 2004 sur la laïcité au deuxième trimestre 2022 dans les établissements scolaires, contre 97 faits similaires recensés le trimestre précédent. Cette note, révélée par RTL, précise que les incidents scolaires liés au voile islamique et aux tenues traditionnelles se multiplient. Peut-on penser que ces chiffres représentent véritablement l’ampleur du phénomène ?

Malika Sorel :
Cela correspond aux seuls signalements qui remontent à l’échelon national. Or nous savons depuis longtemps que pour diverses raisons, des établissements ne signalent pas les incidents qui se produisent en leur sein. C’est un phénomène que nous observions déjà lorsque je siégeais au sein du Haut Conseil à l’Intégration. Il y avait de l’autocensure par crainte que cela puisse conduire à la « stigmatisation » des quartiers de l’immigration, ainsi qu’un prégnant sectarisme de gauche qui place l’esprit partisan avant le service de la France, conduisant à masquer des incidents pour ne pas prendre le « risque » d’alimenter un vote au profit des partis classés à droite de l’échiquier politique. Et certains chefs d’établissements, et même des enseignants, ne soutenaient pas leurs propres collègues confrontés à des situations critiques, trouvant bien plus confortable d’imputer la responsabilité des incidents à la manière dont ces enseignants appréhendaient leurs classes, préférant alors parler besoins de formation et autres pédagogies plutôt que de regarder la réalité en face. Au lieu d’agir avec autorité lorsque cela était encore possible de manière sereine, c’est la fuite en avant et le laisser-aller qui ont prévalu, interprétés comme un laisser-faire par un certain nombre d’élèves et de familles.