L’obsession des inégalités - Par Jean-Philippe Delsol, Philippe Crevel et Nicolas Lecaussin
Les inégalités reculent en France. Et voilà pourquoi il n’y a pas de quoi en être satisfait
Dans un nouveau rapport, l'Observatoire des inégalités montre que les inégalités reculent en France. Pourtant, il n'y a pas de quoi se réjouir de ces chiffres car le pourcentage de riches a plus diminué que la part de pauvres n’a augmenté. De plus, la France est l'un des rares pays de l'OCDE qui n'a pas connu de polarisation de sa population entre "riches" et "pauvres".
Philippe Crevel : Le recul des inégalités est visible à travers une augmentation du nombre des emplois et une hausse des revenus professionnels. Après la pandémie de Covid-19, la situation économique s’est améliorée. En ce qui concerne le rapport entre les plus pauvres et les plus riches en France, il y a deux lectures possibles : avant et après prestations. La France est un pays à faibles inégalités après prestations sociales. En revanche, l’Hexagone est un pays à fortes inégalités avant prestations sociales. La machinerie publique permet de réduire les inégalités.
La France n’est pas, à la différence d’autres pays, marquée par une envolée des revenus les plus riches, du 10% des plus riches. Il n’y a pas de progression en France, en raison des impôts notamment. Il peut y avoir des baisses de pouvoir d’achat au sein des 10% des plus riches après impôts, à la différence de ce que l’on peut observer dans d’autres pays. Ces dernières années, il y a simplement la catégorie des 0,1% des plus riches qui a pu connaître (avec des revenus du patrimoine) une augmentation de ses revenus plus rapide que celle des plus modestes.
En règle générale, la France se caractérise par le fait que les Français les plus modestes ont pu ces dernières années voir leurs revenus augmenter plus vite qu’une partie des classes moyennes, voire même par rapport aux 10% les plus riches.
Jean-Philippe Delsol : Nous n’avons pas à être fiers de ces données. Il en ressort qu’en France 7,1% de la population, considérée comme riche par l’Observatoire des inégalités, dispose d’un revenu égal ou supérieur 3 673€ par mois (prestations sociales comprises et impôts déduits). Il y a de moins en moins de riches puisque ceux-ci ne représentent plus que 7,1% de la population en 2019 contre 8,6% en 2010. Par comparaison 7,3% des Allemands vivent avec plus de 4 052€ par mois pour une personne seule. La France n’est pas riche. Pour autant, le coefficient de Gini, qui mesure la répartition des revenus entre individus, était, avant la crise Covid, moins élevé en Allemagne ( 31,7) qu’en France (32,7) signifiant que la France était moins égalitaire que l’Allemagne. Alors même que les dépenses sociales françaises représentent près de 32 % du PIB, contre 25 % du PIB en Allemagne et que les prélèvements obligatoires allemands sont de 6 à 7 points inférieurs aux prélèvements français.
Les riches et l’obsession des inégalités
De quoi doit-on se réjouir ? Qu’il y ait moins ou plus de riches ? C’est une question qu’il faut se poser en lisant les nombreux articles, livres et rapports qui paraissent sur ce thème. On a l’impression que le riche est le pestiféré dans la société d’aujourd’hui et c’est ce que montre le dernier rapport de l’Observatoire des inégalités même si certaines de ses conclusions vont à l’encontre des clichés.
Mauvaise nouvelle : il y a moins de riches qu’il y a 10 ans
Pour l’Observatoire des inégalités, le seuil de la richesse, exprimée en termes de revenus, est à 3 700 euros (3 673 euros exactement) par mois après impôts et prestations sociales pour une personne seule. C’est le double du niveau de vie médian, il est supérieur à celui de 93 % de la population. Ainsi défini le seuil de richesse, la France, en 2020, compte 4,5 millions de riches, soit 7,1 % de la population, et 14,6 % de pauvres. Mais, les auteurs du rapport le reconnaissent, « être riche à 25 ans n’a pas la même signification qu’à 45 ans, vivre avec 3 700 euros par mois n’est pas la même chose quand on habite à Paris ou à Charleville-Mézières ». En termes de patrimoine, l’Observatoire des inégalités définit le seuil de richesse à 490 000 euros, que 16 % des ménages dépassent. Et 4 % des ménages, soit 1,2 million, sont millionnaires. « À condition d’exclure les 500 plus grandes fortunes professionnelles, est obligé de reconnaître l’Observatoire des inégalités, nous ne constatons pas dans nos données d’explosion récente des très hauts revenus et patrimoines. En revanche, considère-t-il, la France est un pays où les riches s’enrichissent de manière régulière sur le long terme. Ni les crises ni le niveau des impôts sur le patrimoine n’y font obstacle. »
