Embargo sur le pétrole russe : une crise européenne - Par Philippe Charlez et Alexandre Massaux

Embargo sur le pétrole : pourquoi les prix continuent de flamber

Par Philippe Charlez

Quelles sont les conséquences de l’embargo partiel du pétrole russe ? 
L’Europe peut-elle trouver des routes alternatives ?

Après de nombreuses tergiversations, l’Europe a finalement décidé dans la nuit de lundi à mardi d’un embargo partiel sur les importations de pétrole russe. « Partiel » car il vise exclusivement les importations par voie maritime (soit deux tiers des importations).

Elles devraient être arrêtées d’ici décembre 2022. En revanche, l’acheminement par oléoduc se poursuivra jusqu’à une date non fixée. Il se matérialise notamment par l’oléoduc de l’Amitié (son nom Russe est « Droujba ») transitant depuis la Sibérie Occidentale 1,5 millions de barils par jour vers les pays d’Europe centrale (Hongrie, Slovaquie, République Tchèque) ne disposant pas d’accès à la mer. Dépendant à 80% du pétrole Russe et ne disposant d’aucune alternative à court terme (sinon un approvisionnement coûteux et logistiquement complexe par train ou par camion), ces pays enclavés s’étaient logiquement opposés à l’embargo pétrolier total.

L’embargo partiel est le compromis trouvé par Bruxelles pour accommoder ces situations très hétérogènes. Quant aux pays « hybrides » (important par oléoduc mais disposant d’infrastructures maritimes) comme l’Allemagne et la Pologne, ils se sont engagés à arrêter leurs importations par oléoduc d’ici la fin de l’année. Si l’embargo partiel est correctement appliqué, l’UE devrait réduire de près de 90 % ses livraisons de pétrole russe d’ici la fin de l’année.

Embargo sur le pétrole : pourquoi les prix continuent de flamber - Contrepoints

Pétrole russe : la géopolitique prime sur l’idéologie

Par Alexandre Massaux

L’accord sur l’embargo du pétrole russe révèle des divisions. L’Europe est en train de redécouvrir que la géopolitique prime sur les discours.

L’Union européenne (UE) est parvenue à un accord sur l’embargo du pétrole russe. Ce sujet qui avait occupé les discussions au sein de l’UE depuis des semaines débouche sur un résultat concret.

En effet, une interdiction d’importation touche le pétrole qui arrive par voie maritime — environ les deux tiers des importations — mais pas le pétrole par oléoduc. De plus, la Pologne et l’Allemagne se sont également engagées à mettre fin aux importations par pipeline, ce qui signifie que 90 % du pétrole russe sera bloqué.

La Hongrie a beaucoup fait parler d’elle pour son opposition à l’embargo sur les hydrocarbures russes. Viktor Orban, le Premier ministre hongrois, est de plus perçu comme proche de Poutine, ce qui a concentré les critiques à son encontre. Toutefois, il n’a pas été le seul à s’être opposé aux sanctions sur le pétrole. La République tchèque et la Slovaquie ont aussi été critiques.

Le résultat est que ces trois pays vont pouvoir continuer d’importer le pétrole russe grâce aux oléoducs.

En effet, les hydrocarbures sont un sujet sensible pour certains pays européens dans le contexte d’une forte inflation et de dépendance envers la Russie de pays. C’est le cas de l’Allemagne, mais aussi des pays d’Europe centrale. Cette situation montre que la géopolitique prime sur l’idéologie.