Didier Lemaire: «Deux ans après l'assassinat de Samuel Paty, la peur et la lâcheté ont gagné»
Partout en France, des enseignants reçoivent des menaces de mort en référence à la décapitation de Samuel Paty, affirme Didier Lemaire, le professeur de philosophie lui-même victime de ce phénomène. La politique de l'Éducation nationale ne consiste plus qu'à opposer des identités, ajoute-t-il.
Didier Lemaire est professeur de philosophie. Pendant vingt, il a enseigné au lycée de la Plaine de Neauphle, à Trappes. Menacé pour avoir alerté sur la montée de l'islamisme, il a dû mettre en suspens sa carrière d'enseignant en février 2021 et se consacre désormais à l'écriture. Après sa Lettre d'un hussard de la République, parue l'an dernier, il vient de publier un essai, Petite philosophie de la nation, chez Robert Laffont.
Deux ans après l'assassinat d'un professeur calomnié, traité d'islamophobe et de raciste, y compris par certains de ses collègues, abandonné de sa hiérarchie, devant assurer seul sa sécurité, un marteau dans son sac et un masque sur le visage, on ne saurait dire que rien n'a changé. Non, la peur et la lâcheté ont gagné.
À quelques exceptions près, on ne trouvera pas d'enseignants pour témoigner à visage découvert de la pression constante qui s'exerce sur l'école. Une pression qui pousse à l'autocensure, au silence et à la démission.
Même ceux, minoritaires, qui savent que les signes utilisés par les mollahs de la révolution iranienne, les salafistes d'Arabie saoudite, les Frères musulmans d'Égypte, du Qatar ou de Turquie ne sont en rien des symboles traditionnels ou religieux, et que leur interdiction ne manifeste non pas un racisme d'État mais une protection des libertés et la manifestation de notre souveraineté nationale, peuvent-ils encore défendre les règles censées s'appliquer à l'école ? Abandonnés par leur hiérarchie, plus prompte à faire de la laïcité un discours moralisateur de tolérance qu'une réalité en acte, regardés par leurs collègues comme des moutons noirs et soumis au chantage victimaire à l'islamophobie de leurs élèves, ils sont condamnés à se taire ou à quitter les lieux pour ne pas mettre leur vie en danger, comme cette conseillère d'éducation du lycée Charlemagne en juin dernier.
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Deux ans après l'assassinat de Samuel Paty – un simple fait divers, pour les uns, une malheureuse tragédie dont personne n'est responsable –, on ne saurait dire que rien n'a changé. Ne comptons sur aucun ministère pour dire combien de professeurs ont été réellement mutés pour éviter des situations incontrôlables. Rien que dans cette petite ville de Trappes, nous fûmes trois. Deux mois avant ma propre exfiltration, en février 2021, une enseignante calomniée, et indirectement désignée comme cible, par un parent d'élève dut abandonner son poste. En grand secret, sur les conseils, non du rectorat, qui considérait, comme dans le cas de Samuel Paty, que le conflit était «apaisé», mais des Renseignements Territoriaux. Puis, quelques mois après mon départ, ce fut le tour de mon collègue de philosophie, qui reçut cette adresse d'une de ses élèves, en classe: «Sur Allah, je vais le fracasser». Aucune sanction administrative ne s'ensuivit.
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