Loïc Hervé : "Depuis le Covid, les tentations de restreindre les libertés publiques ne désarment pas"

Le Sénateur Loïc Hervé (UC) dénonce une atteinte aux libertés suite à la tentative de Bercy d’accéder aux données bancaires des Français. Selon des informations de Next INpact, la Direction générale des finances publiques du ministère de l'Economie et des Finances (DGFip) a tenté d'obtenir un accès direct et permanent à toutes les opérations réalisées sur l'ensemble des comptes bancaires ouverts en France.


Atlantico : Le ministère de l’Économie a demandé l'accès au solde de tous les comptes bancaires des Français, pour vous cela constitue un danger majeur pour les libertés individuelles des Français. Pourquoi ?

Loïc Hervé :
Rien que d’avoir l’idée me pose une vraie difficulté. Par principe. L’Etat, dans un régime démocratique, libéral, peut-il s’octroyer le droit d’avoir accès à ce type d’information ? Je n’ai jamais douté que Bruno Le Maire soit respectueux de la démocratie et des libertés individuelles donc je suis très étonné de cette idée. D’autant qu'elle a été maintenue pendant plusieurs mois avant d’être abandonnée. Le gouvernement semble ne s’être posé ni la question de l’avis des utilisateurs ni de celui de la CNIL. Qu’il aille sur ce terrain est effarant. Si l’on se réfère à ce qu’on a vécu pendant le Covid, on ne peut que craindre qu’une mauvaise idée ajournée puisse demain, au profit d’une crise financière par exemple, devenir une « bonne » idée. Moi qui suis très à cheval sur les libertés publiques, je m’interroge sur l’objectif recherché et je suis inquiet. Quand on défend les libertés publiques, il y a des idées qu’on s’interdit d’avoir. Nous sommes depuis le Covid dans un concours Lépine de la mesure qui attentera le plus aux libertés publiques. Pendant le Covid, on a attenté à toutes les libertés publiques une par une. Même les mesures qui se sont avérées inutiles ou idiotes ont été maintenues. On ne nous refera pas le coup une seconde fois, d’où ma réaction à cette proposition.

Est-ce une tentation Big Brother de contrôle social qui s’exprime ?

Je n’irais pas jusque-là. Mais on a eu depuis l’élection d’Emmanuel Macron plusieurs décisions qui ne vont pas dans le sens de la préservation des libertés individuelles. Dans la loi de finances de 2020, l’article 57 permet au FISC de faire du chalutage des données publiques pour faire des enquêtes préalables à des contrôles fiscaux. Concrètement regarder sur Facebook si une personne n’a pas des photos de Ferrari ou d’hôtels de luxe. Et personne ne s’est opposé à cela et on m’a rétorqué, dans une forme de dictature des honnêtes gens, « si tu n’as rien à te reprocher, tu n’as rien à craindre ». C’est un retournement de paradigme inquiétant, d’autant qu’il y a une forme d’accoutumance à ces restrictions. Très peu de gens sont descendus dans la rue. Nous sommes dans une crise géopolitique, à la veille d’une crise financière majeure, et on peut se demander ce qui pourrait être décidé. Quand on apprend que Linky peut potentiellement couper votre chauffe-eau, c’est inquiétant. Un outil censé vous rendre service peut se retourner contre vous.