"La retraite quand je veux" - Par Marc de Basquiat (Rapport de Génération Libre)

Plutôt que d’imposer une règle commune, dans un rapport de  GenerationLibre, Marc de Basquiat propose que chaque Français, doté d’un compte individuel de cotisation, soit libre de partir à la retraite quand il le souhaite et donc, de supprimer l'âge légal de départ à la retraite.


Le système de retraite français est profondément injuste et n’est pas en mesure de répondre au défi du vieillissement de la population.

Le nouveau système universel proposé par GenerationLibre opère un changement radical de logique. L’âge légal de la retraite et la durée minimale de cotisation sont abolis. Chacun part à la retraite librement.

Le montant des pensions est calculé en divisant la somme des cotisations individuelles accumulées par l’espérance de vie moyenne restante au moment de l’activation des droits.

Pour s’assurer que le système reste équilibré, le montant des pensions qui est versé chaque année ne peut être supérieur au montant des cotisations provisionnées pour cette même année.

Une redistribution intragénérationnelle permet de garantir un niveau de revenu minimum à tous les retraités.

Enfin, plusieurs pistes sont développées pour les parcours professionnels et personnels particuliers. La pénibilité, par exemple, est prise en compte par un mécanisme de surcotisation financé par l’employeur qui permet à ceux qui en bénéficient de partir plus tôt à la retraite ou de jouir de pensions plus élevées.


Supprimons l’âge légal de départ à la retraite !

Le gouvernement se trouve dans une impasse. La France aussi. Si le slogan de la retraite à 60 ans a porté François Mitterrand au pouvoir il y a quatre décennies, si les gouvernements suivants se sont éreintés à retarder le versement des pensions aux actifs vieillissants, c'est bien parce que cet enjeu touche toute la population. La cause est entendue : l'augmentation de l'espérance de vie et la dépression démographique aboutissent à une impasse budgétaire. Les cotisations des actifs peinent toujours plus à financer la générosité à laquelle se sont habitués les générations de retraités boomers.

L'équation du système par répartition se pilote avec quatre paramètres : le taux des cotisations et leur durée, le niveau des pensions par rapport aux cotisations et l'espérance de vie au moment du passage à la retraite. Le dernier paramètre reste dans « la main de Dieu » et des soignants. Le taux de cotisation français atteignant 28 % en moyenne est un record mondial, ainsi que le montant des pensions qui porte le niveau de vie moyen des retraités au-dessus de celui des actifs. Aucun gouvernement ne peut espérer résoudre cette équation sans déprimer des millions de citoyens.

Emmanuel Macron doit sa réélection au poids électoral majeur des retraités, qu'il ne peut pas mettre à contribution. En 2019, le projet vertueux d'unification des régimes de retraite a sombré face à ceux qui refusent tout effort financier des cotisants et des pensionnés. Le gouvernement minoritaire à l'Assemblée cherche désespérément une tactique permettant de déplacer le seul curseur restant activable, la durée de cotisation ou l'âge de la retraite à taux plein. Malgré les ambitions réformatrices du précédent quinquennat, rien de nouveau depuis 40 ans.

Départ à la carte

L'enjeu macroéconomique majeur du système de retraite nécessite-t-il d'imposer des règles communes aux agents individuels ? Ce budget lourd de 300 milliards enlève-t-il aux individus la légitimité de poser des choix personnels ? Ne peut-on concevoir un système où chacun décide librement, en connaissance de cause, le moment de prendre sa retraite ?

Dès aujourd'hui, chacun accède librement au portail info.retraite.fr pour consulter une simulation immédiate de son niveau de pension, selon son choix de partir à 62 ou 67 ans, âge maximal pour bénéficier d'une pension à taux plein. Dans les faits, la majorité des cotisants part avant 63 ans, très souvent à taux plein, car la plupart des régimes actuels le permettent dès 62 ans ou même avant.

Ne serait-il pas préférable d'abolir une fois pour toutes cette notion intrusive d'âge « légal » de départ à la retraite, peu respectueuse du choix personnel légitime de chaque citoyen ? Il suffit que la formule de calcul de la pension fasse apparaître simplement – c'est déjà le cas – l'incidence de la date de départ pour aider le cotisant à décider quand lever le pouce. Qui d'autre que lui peut en décider, le cas échéant, en bonne intelligence avec son employeur ?

Un 43e régime

Par ailleurs, faut-il renoncer à réduire la diversité des 42 régimes de retraite hérités du passé ? Cet héritage confus induisant pour certaines catégories de salariés des avantages particuliers, dont la légitimité est discutable, il serait dommage d'enterrer les travaux menés en 2018 pour définir un système unifié. Là encore, l'ambition d'imposer à tous cette solution conçue par le gouvernement s'est heurtée au refus résolu des corps intermédiaires et de la rue.

Une autre approche serait possible. S'il faut continuer à gérer 42 régimes de retraite, le coût marginal de création d'un 43e régime en comptes notionnels n'est pas un obstacle. Pour les citoyens désireux de simplifier leur vie administrative avec l'assurance d'une gestion équilibrée sur la durée, activer l'option de rejoindre ce 43e système – universel au niveau national – aurait du sens. Pour dynamiser la transition sur la durée, il suffirait de sous-indexer les 42 autres régimes par rapport à celui qu'on entend privilégier.

C'est là une stratégie d'adhésion volontaire (« opt-in ») qui combinerait la liberté laissée à chaque citoyen de basculer lorsqu'il le souhaite avec l'impératif d'une gestion efficace. Chacun pourrait à tout instant transférer son historique de cotisations des divers régimes vers la caisse universelle, qui recalculerait des droits selon des règles claires et identiques pour tous.

Si le gouvernement ne sait pas comment imposer des règles identiques pour tous, pourrait-il tenter une approche souple ? Oserons-nous laisser les citoyens basculer à leur rythme vers un système universel, liquider leurs droits à leur gré selon leurs arbitrages personnels, décider le cours de leur vie au vu de règles simples et transparentes ? Ce serait une démonstration de démocratie concrète.