Nicolas Baverez : «Feu le couple franco-allemand»

L’Allemagne a toujours âprement défendu ses intérêts en Europe, notamment ceux de son industrie. Quand la France se contente de parler de souveraineté, l’Allemagne l’exerce.


Entre Paris et Berlin, rien ne va plus. Le report sine die du Conseil des ministres franco allemand prévu à Fontainebleau le 26 octobre trouve son origine dans une suite de divergences qui tourne à la crise ouverte.

La guerre en Ukraine a fait exploser les tensions, en déstabilisant l’Europe et en poussant l’Allemagne vers une stratégie «Germany First» pour répondre à la remise en question de son modèle fondé sur la dépendance au gaz russe, le faible coût des services, les exportations industrielles vers les Brics et la délégation de sa sécurité aux États-Unis. Berlin a cherché à limiter sa vulnérabilité et à sauvegarder ses intérêts à tout prix, quitte à heurter ceux de ses partenaires, notamment ceux de la France. La liste des contentieux est désormais interminable.

Berlin, qui porte une responsabilité majeure dans la mainmise progressive de la Russie sur l’approvisionnement énergétique de l’Europe, freine des quatre fers le plafonnement du prix du gaz, la réforme du marché européen de l’électricité et la déconnexion de son prix de celui du gaz, tout en continuant son travail de sape contre le nucléaire. Le lancement d’un plan de soutien de 200 milliards d’euros tourné vers les entreprises, après un premier programme de 100 milliards, crée des distorsions de concurrence dévastatrices pour l’industrie européenne.

Nicolas Baverez: «Feu le couple franco-allemand» (lefigaro.fr)

L’intransigeance de l’Allemagne dans la défense de son modèle mercantiliste s’est nourrie des faiblesses de la France, qui a choisi de cesser d’être une terre de production pour privilégier la consommation à crédit.