Maîtriser l’immigration n’est pas une récupération mais une restitution - Par Jean-Eric Schoettl

Le meurtre de la petite Lola a suscité émotion et polémique dans le pays.


Serait une récupération politique le fait de chercher à tout prix à imputer à l’organisation de la société des drames purement privés ou relevant de fatalités circonstancielles. L’exploitation d’un drame singulier, étranger à toute causalité politico-sociale, serait même éhontée si la recherche d’un motif politique à ce drame ne visait qu’à désigner un bouc émissaire.

En revanche, c’est le propre de chaque famille politique que de « décoder » la trame de nos jours à la lumière d’une grille causale constituant sa représentation du monde. Il n’y a pas lieu de s’en offusquer, dès lors que ce « décodage » n’est pas un artifice démagogique. Ainsi de la réaction des acteurs politiques à un drame qui défraie l’actualité : un tel drame les mobilise légitimement lorsqu’ils ont des raisons de penser que la mauvaise organisation de la société a contribué à sa survenance.

Le but ultime de la politique n’est-il pas de faire ce qu’il est possible de faire au niveau de la société tout entière, et plus particulièrement de ses lois, pour que les hommes soient plus heureux ou, disons, moins malheureux ? Prévenir le malheur, lorsque les causes de celui-ci se trouvent, au moins en partie, dans les lois (ou dans leur mauvaise application) est au cœur de l’action politique. Face à un malheur singulier, que seul explique la maladie ou un hasard catastrophique, la compassion est seule de mise. Lorsque le malheur a aussi des causes générales et que quelque chose peut être fait pour épargner de futures victimes, le politique est pleinement dans sa mission en évoquant, sans désemparer, les conséquences que la société doit tirer du drame pour éviter sa répétition. En pareil cas, s’en tenir à la compassion, se taire sur les causes générales qui ont favorisé l’irréparable, relèverait, de la part du politique, de la non-assistance aux futures victimes. Et c’est ce silence qui serait moralement condamnable.