Sonia Mabrouk : «Les Iraniennes nous donnent une sacrée leçon de liberté»
La révolte des femmes en Iran, qui plaident pour davantage de libertés individuelles, ne peut se réduire à une opposition binaire entre islam et modernité, argumente la journaliste et essayiste.
Journaliste à Europe 1 et CNews, Sonia Mabrouk a notamment publié «Insoumission française. Décoloniaux, écologistes radicaux, islamo-compatibles: les véritables menaces» (Éditions de L’Observatoire, 2021, 126 p., 16 €).
«Ça m’est égal d’être tué en guerre. De ce que j’ai aimé, que restera-t-il?» Cette question posée par Antoine de Saint-Exupéry dans sa lettre au général X le 30 juillet 1944, résonne dans le cœur des Iraniennes depuis la mort de Mahsa Amini le 16 septembre dernier. Ça leur est égal à toutes ces femmes d’être arrêtées, voire pire, la question primordiale à leurs yeux consiste à se demander: de ce qu’elles ont aimé, que restera-t-il?
Tout comme Saint-Exupéry qui s’interroge sur la survivance des coutumes, la permanence des intonations irremplaçables et le souvenir d’une certaine lumière spirituelle, les Iraniennes qui se révoltent contre le régime théocratique des mollahs tentent de préserver les vestiges d’une civilisation presque entièrement engloutie par les fanatiques. Cette civilisation a pour objectif de conjuguer la conscience islamique avec la conscience moderne. On retrouve d’ailleurs les fondements de cette civilisation perdue dans le slogan qu’elles scandent courageusement dans les rues: «Femmes, vie, liberté». Ces trois mots résument à eux seuls le sujet majeur qui hante un grand nombre d’intellectuels à travers les temps, à savoir le décalage entre les sociétés musulmanes et l’évolution du monde.
Même si les Iraniennes, en scandant « Femmes, vie, liberté », aspirent à une valeur puissamment universelle qu’est la liberté de décider pour elles-mêmes, cette valeur ne résonne pourtant pas de la même manière dans la psyché des peuples musulmans et dans celui des peuples occidentaux. La différence réside dans le rapport au sacré et au mystère.
Si les Iraniennes comme d’autres femmes dans le monde arabe - par exemple les Tunisiennes - se battent pour la liberté, elles le font en ayant conscience des liens invisibles entre les hommes.
Nous sommes libres d’avancer, mais nous ne savons pas quel chemin emprunter. Nous sommes libres de penser, mais nous ne savons plus jusqu’où le faire tant nous craignons de sortir du cadre autorisé.
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