2023, ou comment le monde est entré en effervescence - Par Jean-Sylvestre Mongrenier
Attaque du Hamas, contre-offensive ukrainienne, tension à Taïwan… Le directeur de recherche à l'Institut Thomas More Jean-Sylvestre Mongrenier dresse le bilan géopolitique de l’année. 2023 a confirmé la volonté de l'axe Moscou-Pékin-Téhéran de remettre en cause l’hégémonie de l’Occident, analyse-t-il.
LE FIGARO. - Que retenir de l'année écoulée sur le plan géopolitique ?
Jean-Sylvestre MONGRENIER. - Le monde est en proie à la guerre. Deux guerres ouvertes, en Ukraine et à Gaza, avec des réverbérations régionales et mondiales. Pour Gaza, il s'agit d'une guerre larvée de l'Iran islamique et de ses affidés (Hezbollah, milices panchiites de Syrie et d'Irak, Houthistes) contre Israël, les États-Unis et leurs alliés européens. À cela s'ajoutent les gesticulations militaires de la Chine dans le détroit de Taïwan, autour et au-dessus de cette île-Etat, ainsi que dans les «Méditerranées asiatiques» (les mers de Chine du Sud et de l'Est), soit un ensemble spatial de plus de 2,5 millions de km², considéré par Pékin comme une «Mare clausum». Ajoutons-y les menaces constantes de Pyongyang et les multiples essais balistiques, ou d'autres armes, d'un régime qui s'est doté des moyens de frapper les Etats-Unis et l'Europe.
En toile de fond, un «axe du chaos», une coalition de puissances révisionnistes et perturbatrices qui regroupe la Russie-Eurasie de Vladimir Poutine, la Chine néo-maoïste de Xi Jinping, l'Iran islamique d'Ali Khamenei et quelques autres régimes malfaisants qui croient entendre le glas sonner pour l'Occident. Animés par un puissant ressentiment historique, ces dirigeants, mais également une part notable des populations de ces pays, estiment que leur heure est venue. Les équilibres de puissance et de richesse auraient basculé vers l'Orient et il ne resterait plus qu'à saigner à mort la «bête». Ainsi Poutine s'inscrit-il dans la perspective d'une grande guerre hégémonique qui ferait éclater l'Occident et réduirait l'Europe, privée de son grand arrière nord atlantique, à n'être plus qu'un petit cap de l'Asie. D'une certaine manière, un retour à l'ère précolombienne, lorsque le sort de l'Europe dépendait des mouvements de peuples nomades, à l'intérieur de la masse eurasiatique.
