Le wokisme, une bêtise enrubannée ou la folie dissimulée ? Par Pierre-André Taguieff

Face aux militants wokistes diplômés, le diagnostic est souvent incertain : on hésite entre la bêtise enrubannée et la folie dissimulée. Ce qu’on appelle le manque de jugement ou l’altération du discernement surgit en effet entre ces deux pôles : la bêtise conformiste (ou snob) et les troubles mentaux… 

Préface au livre de Nadia Geerts, Woke ? La Tyrannie victimaire, Bruxelles, Éditions F deville, 2024, pp. 5-11.

Ce livre de Nadia Geerts constitue une précieuse contribution à la nécessaire approche critique du phénomène wokiste, au moment où celui-ci a commencé à être importé du monde anglo-saxon pour se diffuser dans les démocraties européennes. Dans son enquête solidement informée sur cette masse de discours et de comportements politiques et culturels relevant du wokisme, Nadia Geerts combine le regard d’une philosophe et celui d’une historienne des idées, son objectif étant de dresser un « diagnostic du présent », selon l’expression de Michel Foucault. Elle incarne la figure d’une intellectuelle engagée qui, héritière inventive de la pensée des Lumières, sait résister aux modes politico-intellectuelles en jetant un regard critique sur les conformismes et les snobismes idéologiques de l’époque, en particulier ceux qui, dans la gauche wokiste, se réclament avec arrogance et vanité de la « radicalité ».

Aux États-Unis, le terme « woke » (« éveillé »), emprunté à l’argot des Afro-Américains et employé à partir de 2013 par les activistes du mouvement Black Lives Matter, désigne une prise de conscience et une attitude « éveillée » face aux injustices, aux inégalités et aux discriminations dont les « minorités » (ethniques, sexuelles, religieuses, etc.) sont censées être les victimes, mais aussi face aux « privilèges » dont sont censés bénéficier certaines catégories de personnes (les hommes blancs, hétérosexuels, « validistes », c’est-à-dire non handicapés, etc.). Le dictionnaire Merriam-Webster le définit positivement comme suit : « Être activement attentif à d’importants faits ou problèmes, aux questions raciales et à l’égalité sociale. »

Un militant « woke », dit de gauche ou « progressiste », se définit lui-même par sa conscience des différentes « oppressions racistes, sexistes et classistes systémiques » et son engagement dans des politiques fondées sur l’intersectionnalité, dont l’objectif est de réaliser la « justice sociale » qui passe par la « justice raciale ». Cette pratique de la vigilance permanente [...]



Bienvenue dans le monde complexe et controversé du wokisme. Dans ce livre, Nadia Geerts offre une analyse approfondie de cette idéologie qui gagne du terrain en Europe après son émergence aux États-Unis. Elle décrit comment le wokisme pousse à effacer et à déboulonner, développe des politiques «inclusives» respectueuses de la «diversité», et encourage la censure et la dénonciation en faisant taire les voix discordantes.
Cette oppression est partout: dans la langue, dans nos productions artistiques et même dans notre manière de nous déplacer, de nous nourrir, de nous aimer...
Sous couvert de lutte pour la justice sociale, il pourrait bien s’agir en réalité d’une nouvelle forme de domination qui n’admet aucune contradiction ni aucune nuance, certaine de détenir la vérité et d’appartenir au camp du bien.
Si tout cela annonçait, non pas des lendemains qui chantent, mais une épouvantable régression de la liberté, de l’égalité et de la raison ?

Éditeur ‏ : ‎ EDITIONS F DEVILLE (11 janvier 2024)
Langue ‏ : ‎ Français
ISBN-10 ‏ : ‎ 2875990861
ISBN-13 ‏ : ‎ 978-2875990860
Poids de l'article ‏ : ‎ 236 g
Dimensions ‏ : ‎ 21 x 1.4 x 14 cm