IVG: «La Constitution n’est ni un sapin de Noël, ni un catalogue de La Redoute» - Par Anne-Marie Le Pourhiet

Le président du Sénat a raison lorsqu’il déclare que la Constitution ne doit pas être «un catalogue de droits sociaux et sociétaux», estime Anne-Marie Le Pourhiet, professeur émérite de droit public, pour qui l’inscription de l’IVG relève de l’instrumentalisation de la loi fondamentale.


En affirmant que « l’IVG n’est pas menacée dans notre pays » et que « la Constitution n’est pas un catalogue de droits sociaux et sociétaux », le président du Sénat, Gérard Larcher, a enfin dit tout haut une vérité que la classe politique française semble se refuser à admettre, soit par idéologie prétendument « progressiste », soit par clientélisme opportuniste, soit même simplement par soumission timorée à un terrorisme woke maniant l’injure et le chantage lorsque l’on ne cède à ses exigences tyranniques.

Depuis la disparition du général de Gaulle et le « coup d’État » du Conseil constitutionnel de 1971 décidant soudainement de contrôler la conformité du contenu des lois, donc des choix politiques, aux textes visés au préambule de la Constitution, c’est-à-dire la Déclaration libérale de 1789 et le préambule plus socialisant de 1946, une génération post-soixante-huitarde s’est convaincue qu’une constitution ne servait plus qu’à garantir des « droits » aux individus et aux groupes. Oubliant qu’elle est avant tout le statut d’un État, fixant les règles de dévolution, de répartition et d’exercice du pouvoir politique et déterminant son contrat social au service de l’intérêt national, cette génération, largement ignorante de l’histoire longue du droit et des institutions politiques, voit dans les « droits » sociétaux l’horizon indépassable du droit constitutionnel. Le citoyen révolutionnaire, comme son prédécesseur athénien, titulaire d’autant de devoirs que de droits, a désormais cédé la place à un ayant droit narcissique et égoïste qui ne voit pas plus loin que la satisfaction de ses insatiables créances.


Notre regretté collègue Guy Carcassonne avait raison de railler la transformation de l’État de droit en « des tas de droits ».