Métastratégie de la terreur - Par François-Régis Legrier
La terreur est une métastratégie dans laquelle la violence physique s’exerce sans aucune limite au service d’une violence psychique encore plus grande qui vise la domination d’une idéologie. Aujourd’hui, les caméras GoPro et les réseaux sociaux amplifient cette violence psychique et manipulent à grande échelle les émotions de l’opinion publique. La réponse émotionnelle et instinctive est la violence mimétique au risque de se laisser entraîner à commettre ce qui nous révulse. Plus que jamais, les forces morales, faites d’intelligence et de volonté, sont nécessaires pour nous défendre sans renier les fondements de notre civilisation.
Article paru dans le numéro 49 de janvier 2024 – Israël. La guerre sans fin.
Ayant bénéficié d’une période de paix exceptionnellement longue à l’échelle de l’histoire des nations européennes pendant laquelle nous avons vécu les horreurs de la guerre à distance, nous sommes légitimement horrifiés et intellectuellement désemparés par l’usage de la terreur – qui plus est, mise en scène – qui consiste à massacrer des civils innocents, hommes, femmes, enfants et vieillards au nom d’une cause ou d’une idéologie. De plus, nous avons le sentiment que les principes de droit public et de politique par lesquels « les nations européennes ne font point esclaves leurs prisonniers et respectent les ambassadeurs de leur pays », pour reprendre l’expression de Voltaire, ne nous permettent pas de nous défendre correctement.
Qu’est-ce que la terreur ? En quoi se distingue-t-elle de la guerre ? Nous devons à Albert Camus des pages lumineuses sur ce sujet dans L’Homme révolté[1] paru en 1951. Camus distingue la période antique, celle où guerre et violence sont confondues, et la période contemporaine, celle du crime logique qui donne naissance à la terreur révolutionnaire ; le crime qui se raisonne et « prolifère comme la raison elle-même » et conduit des hommes ayant conquis les rênes du pouvoir à massacrer par « amour de l’homme ».
