Suicide assisté: «Derrière le souhait exprimé de mourir, se dissimule toujours une autre demande» - Par Raphaël Gourevitch, Bruno Dallaporta et Faroudja Hocini

Trois médecins, chacun réputé dans son domaine, tirent la sonnette d’alarme sur une éventuelle dépénalisation de l'euthanasie et du suicide assisté. Selon eux, celle-ci est présentée à tort comme la liberté ultime.


Plusieurs fois repoussé, l'examen d'une loi sur la fin de vie paraît désormais imminent. Ce dossier voudrait articuler deux volets pourtant absolument opposés, l'un relatif à l'indispensable renforcement des soins palliatifs notoirement insuffisamment dotés en France, un autre prévoyant la dépénalisation de l'euthanasie et du suicide assisté, regroupés sans les nommer sous le terme «aide à mourir».

Le Dr Raphaël Gourevitch est psychiatre, il dirige le CPOA, service d'urgences psychiatriques de l'hôpital Sainte-Anne (GHU Paris). Il est également responsable du pôle où figurent en outre les déclinaisons franciliennes de dispositifs nationaux de prévention du suicide : dispositif de veille VigilanS et 3114 numéro national de prévention du suicide.
Le Dr Bruno Dallaporta est médecin à la Fondation santé des étudiants de France, où il est également président du GREFF (Groupe de ressources éthiques), docteur en sciences et docteur en philosophie appliquée à la santé.
Le Dr Faroudja Hocini est psychiatre, psychanalyste, philosophe chercheure associée à la Chaire de philosophie à l'hôpital, enseignante-chercheure en psychopathologie à l'Université Paris Cité au CRPMS (Centre de Recherche Psychanalyse, Médecine et Société).

C'est aussi sur ce deuxième volet que nous autres médecins sommes sollicités, dans un enchevêtrement de réunions souvent convoquées au nom d'on ne sait qui. Selon un calendrier non-dit mais impératif, nous devons d'emblée discuter les modalités et autres aménagements de cette loi à venir : qui sera éligible, qui ne le sera pas ? les mineurs, les malades présentant des troubles psychiatriques ou neurologiques ? Qu'est-ce que le consentement ? Qu'est-ce qu'une souffrance insupportable ? Peut-elle être d'ordre psychologique… ? En revanche, il nous est très explicitement demandé de ne pas remettre en cause puisqu'il est déjà décidé, le principe même de ladite innovation envisagée pour les meilleurs motifs, libre-choix, compassion, dignité…