Élargissement des Brics : se dirige-t-on vraiment vers un affrontement entre le «Sud global» et l'Occident ? - Par Jean-Baptiste Noé
Depuis le 1er janvier, Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Iran, Éthiopie et Égypte ont rejoint le groupe des Brics. Le rédacteur en chef de la revue Conflits, Jean-Baptiste Noé, analyse les conséquences géopolitiques de ce rapprochement des pays émergents.
LE FIGARO. - À la suite d'une décision prise lors du 15e sommet des Brics en août 2023, le groupe des Brics compte désormais dix membres depuis le 1er janvier. Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Iran, Éthiopie et Égypte ont rejoint Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud. Qu'est-ce qui a motivé cet élargissement ?
Jean-Baptiste NOÉ. - Le but premier est de peser davantage sur la scène mondiale en présentant l'image d'un bloc qui serait homogène et qui pourrait aligner une masse imposante de puissance grâce à sa démographie, son économie, son contrôle des énergies. Cette ouverture aux pays du Moyen-Orient donne l'image extérieure d'un groupe présent sur plusieurs continents qui, contrairement à l'Onu ou aux groupes dirigés par les Occidentaux, serait capable d'écouter les voix du monde et d'en tenir compte. Ainsi, intégrer l'Éthiopie, l'Iran ou encore l'Égypte permet de renouer avec l'ancien mythe du Tiers-monde et des «non alignés» de l'époque de Bandung (1955). Ce serait, en quelque sorte, un club des exclus, des parias de l'Occident, qui tenteraient de créer un autre monde, en dehors de la direction occidentale.
Cette ouverture permet aussi de donner un nouveau souffle aux Brics qui, depuis son premier sommet officiel en 2009, n'ont rien donné de tangible. Si les dirigeants se rencontrent et échangent, s'ils ont des projets en commun, ce n'est nullement une contre-force de la puissance occidentale. Pour l'instant, cet élargissement relève davantage de la communication politique à l'échelle mondiale.
L'erreur serait de croire qu'il y aurait deux blocs, eux, pays autoritaires et nous, pays démocratiques, et donc qu'il y aurait un combat entre l'autoritarisme et la démocratie.
Leur seule aspiration commune est de vouloir peser un peu plus sur la scène mondiale, de chercher à ne pas être isolés et de pouvoir compter sur des soutiens internationaux, si besoin.
