Le courageux combat des agriculteurs contre Ubu roi - Par Jean-Philippe Delsol

L’Europe est saisie de l’ivresse du pouvoir qui caractérisait Ubu roi dans la pièce d’Alfred Jarry. La révolte agricole exprime à juste titre son rejet et notamment celui de la technocratie française et européenne et de l’écologie punitive.


L’agriculture fait sans doute l’objet de plus de normes encore que les autres secteurs économiques parce qu’elle est devenue l’épicentre de l’acharnement écologique. Pour obtenir leurs subventions européennes et satisfaire aux normes de toutes sortes, les exploitants sont astreints à des formalités administratives qui leur prennent 20 à 30 % de leur temps. « En plus du travail normal d’un chef d’entreprise, observe le céréalier Eric Thirouin (Les Echos du 23/01), on doit noter tous les jours ce qu’on fait sur l’exploitation, avec des textes qui changent en permanence ». C’est pire que l’Union soviétique. Les plantations de haies font l’objet de 14 réglementations qui, sous peine de sanctions lourdes, fixent la date des tailles et interdisent leur déplacement. Les dates de semence sont imposées et contrôlées par satellite ! Les limitations à l’utilisation de produits phytosanitaires se multiplient. Bruxelles définit les zones humides à respecter, oblige les agriculteurs à maintenir des prairies dans les zones où l’élevage s’arrête… Les agriculteurs ne sont plus maîtres de leurs affaires. Ils sont devenus les serfs des technocraties française et européenne.

La révolte gronde

La révolte gronde partout en Europe alors que l’UE annonce un Green Deal qui ressemble plutôt pour l’agriculture à un grand enterrement. En Allemagne, les rassemblements d’agriculteurs sont massifs. Aux Pays-Bas, les fermiers se sont levés contre la décision du gouvernement libéral de réduire de 30% au moins les cheptels et ils ont fait chuter le parti du Premier ministre aux dernières élections. En Wallonie, la contestation paysanne a été ferme contre le projet de baisser la production animale et elle a mis en difficulté le gouvernement régional. En Espagne, les paysans ont dénoncé la stupidité de l’écologisme radical…

Les agriculteurs sont peu nombreux (3% en France) mais ils nourrissent le monde. On a besoin d’eux, ce qui leur permet de se faire entendre et de se faire aisément comprendre quand les technocrates inféodés aux écologistes par veule conformisme imposent des réglementations si excessives qu’elles réduiront significativement la production agricole et obligeront l’Europe à importer ce qu’elle ne produira plus. En réalité le monde paysan s’oppose à juste titre à la collectivisation progressive et insidieuse de tous nos métiers et de nos modes de vie. Les gouvernants de l’Europe et de ses pays membres utilisent le prétexte du réchauffement climatique pour étendre leur emprise sur la vie civile et professionnelle de tous. Le processus d’envahissement administratif de la sphère agricole se reproduit dans les domaines du logement, de la justice, de l’éducation comme dans la vie des entreprises, des hôpitaux et parfois déjà dans les familles.