«Des “gilets jaunes” aux agriculteurs, le chaos permanent est une conséquence de la crise démocratique» - Par Maxime Tandonnet
Pour l’essayiste Maxime Tandonnet, les nombreux mouvements sociaux que la France a connus depuis 2017 traduisent une crise de confiance profonde des Français dans la parole politique. D’où selon lui la banalisation de la rébellion comme mode d'action.
Fin observateur de la vie politique française et chroniqueur du FigaroVox, Maxime Tandonnet a notamment publié André Tardieu. L'incompris (Perrin, 2019) et Georges Bidault: de la Résistance à l'Algérie française (Perrin, 2022). Il enseigne le droit des étrangers et de la nationalité à l'Université Paris XII.
En effet, le chaos est entré dans les habitudes de la France contemporaine. Depuis 2018, il est devenu récurrent, sous des formes diverses. La crise des «gilets jaunes» a duré quasiment un an, marquée par l'occupation des ronds-points, des images d'émeutes et de violences à Paris, jusqu'à sa récupération par les black blocs et le saccage de l'Arc de Triomphe. Le mouvement social contre la première réforme des retraites a pris le relais pendant l’hiver 2019 et 2020 : pendant plusieurs mois, les transports en commun ont été bloqués et le pays au bord de la paralysie.
Puis est venue la crise sanitaire de 2020 et 2021 avec ses confinements et son Absurdistan bureaucratique qui a provoqué une sorte de glaciation de la vie sociale et politique, et, dans la foulée, les élections présidentielles et législatives de 2022.
Ensuite, le climat s'est rapidement dégradé de nouveau : la seconde réforme des retraites, celle des emblématiques «64 ans» a remis le feu aux poudres. Pendant trois ou quatre mois consécutifs, la France a vécu au rythme des blocages, des manifestations violentes, des saccages et des incendies, des images de nuages de fumée noire au-dessus de Paris. Puis aussitôt cette page refermée, la révolte des banlieues s'est déchaînée pendant une semaine, d'une violence inouïe du 27 juin au 3 juillet : 722 membres des forces de l'ordre blessés, 11.113 incendies sur la voie publique, 5.662 véhicules brûlés, 1.313 bâtiments incendiés ou dégradés, dont 254 locaux de la police nationale comme municipale et de la gendarmerie soit un milliard €. Et six mois plus tard, six mois seulement, le mouvement des agriculteurs menace désormais de bloquer le pays…
Dès lors que les gens ont le sentiment que leur vote ne sert plus à rien, l'émeute ou le blocage, voire l'affrontement physique, s'imposent en ultime recours pour exprimer une souffrance, faire valoir des protestations et des revendications.
Plus encore que lors des « gilets jaunes » ou du mouvement social contre les 64 ans, les Français applaudissent la révolte des agriculteurs comme une réponse, en leur nom, au sentiment de dépossession démocratique.
