« Conseil d’Etat et CNews : pluralisme des opinions ou pluralisme des préjugés ? » – Par Monique Canto-Sperber

Scruter le contenu même des opinions des animateurs, chroniqueurs, journalistes, philosophes, essayistes, sociologues, serait transformer l’Arcom en Grand Inquisiteur au nom d’un pluralisme réduit aux étiquettes


Dans une démocratie libérale, le pluralisme des opinions politiques et leur mise en concurrence sont la condition de la vie démocratique. Pour la presse écrite, ce pluralisme se produit de façon spontanée, les publications y sont nombreuses et peuvent se créer librement. Il en va autrement pour la communication audiovisuelle, télévisions et radios. Le pouvoir d’influence des chaînes, leur impact sur l’ensemble de la population, mais surtout le fait que, pour émettre sur la TNT gratuite, elles doivent obtenir une autorisation, a conduit le législateur dès 1986 à imposer aux chaînes d’information de veiller dans leurs programmes à « l’expression pluraliste des courants de pensée et d’opinion ». L’Arcom, et le CSA avant lui, chargé de s’en assurer, s’est donnée pour règle d’interpréter pareille exigence en mesurant le temps de parole que chacune de ces chaînes consacre aux personnalités politiques et à leurs soutiens déclarés.

Une décision du Conseil d’Etat en date du 13 février dernier invite à changer ce mode de régulation. Donnant droit à la plainte de Reporters Sans Frontières qui, entre autres, faisait grief à CNews de pas respecter le pluralisme, le Conseil a jugé qu’en se limitant aux personnalités politiques, l’Arcom avait donné une interprétation inexacte de ce que signifiait l’obligation de pluralisme et lui a recommandé de prendre aussi en compte l’ensemble des opinions qui y sont énoncées.