La fin de « la politique arabe de la France » (1973-2023) - Par Michel Chevillé
L’élan gaullien en direction du monde arabe et de la Méditerranée s’est érodé dans les années 1980-1990 jusqu’à disparaître complètement ces vingt dernières années.
Article paru dans le numéro 49 de janvier 2024 – Israël. La guerre sans fin.
Début novembre 2023, une note issue de la direction Afrique et Moyen-Orient du Quai d’Orsay était discrètement révélée dans Le Figaro. Plusieurs diplomates, dont le corps a été dissous en 2022, y regrettaient la position illisible de la présidence française après l’attaque terroriste du Hamas contre Israël le 7 octobre. La proposition d’Emmanuel Macron d’élargir la coalition contre Daech au Hamas, autrement dit de raser Gaza, témoignait d’une profonde méconnaissance du dossier palestinien. Une enquête de Sophie des Déserts et Guillaume Gendron dans Libération précisait le 2 décembre que l’idée venait de Bernard-Henri Lévy, courtisan aussi habile que maladroit quand il s’agit de jouer les ambassadeurs de substitution.
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Le mouvement d’humeur fut publiquement recadré par un communiqué du ministère, mais le malaise des diplomates face à l’amateurisme élyséen ne semblait pas dissipé. Quelques jours plus tard, Patrick Durel, le conseiller Afrique du Nord et Moyen-Orient de l’Élysée était annoncé partant pour prendre l’ambassade de France à Bagdad. Anne-Claire Legendre, porte-parole du Quai d’Orsay, devait prendre sa place. Simple coïncidence ? Quoi qu’il en soit, le positionnement pro-israélien de la diplomatie française a fortement contrasté avec les réactions du général de Gaulle en 1967 et de Georges Pompidou en 1973. Conséquence immédiate, la tournée présidentielle au Caire, à Amman et Ramallah est passée inaperçue et le contre-feu de conférence humanitaire pour Gaza n’a débouché sur rien de très concret. Quant aux otages franco-israéliens, ils ont été relégués en queue de liste à la fois par Tel-Aviv et le Hamas, un exploit ! Cinquante après la guerre du Kippour (1973) et vingt ans après le véto français à la guerre américaine en Irak (2003), cette nouvelle déconvenue diplomatique a le mérite de marquer symboliquement l’extinction d’une politique extérieure : « la politique arabe de la France ».
Bien entendu, cet effacement a des causes internes à la société française. Le répugnant exhibitionnisme des terroristes du Hamas a fait écho au massacre de l’école Ozar Hatorah de Toulouse (2012) et de l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes (2015). L’opinion française a été choquée. Le refus présidentiel de défiler contre l’antisémitisme quelques jours plus tard n’a pas été compris. Il n’a fait que souligner, à travers un autre conseiller officieux de la présidence, Yassine Belattar, la pression croissante de l’opinion arabo-musulmane dans l’Hexagone.
La politique arabe de la France est donc morte tandis que nos liens avec le sud de la Méditerranée, et singulièrement le Maghreb, sont plus étroits que jamais. Pour comprendre ce paradoxe, revenons quelques instants sur son passé.
Bien entendu, cet effacement a des causes internes à la société française. Le répugnant exhibitionnisme des terroristes du Hamas a fait écho au massacre de l’école Ozar Hatorah de Toulouse (2012) et de l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes (2015). L’opinion française a été choquée. Le refus présidentiel de défiler contre l’antisémitisme quelques jours plus tard n’a pas été compris. Il n’a fait que souligner, à travers un autre conseiller officieux de la présidence, Yassine Belattar, la pression croissante de l’opinion arabo-musulmane dans l’Hexagone.
La politique arabe de la France est donc morte tandis que nos liens avec le sud de la Méditerranée, et singulièrement le Maghreb, sont plus étroits que jamais. Pour comprendre ce paradoxe, revenons quelques instants sur son passé.
