«Kinmen, laboratoire de la stratégie chinoise contre Taïwan» - Par Laurent Amelot
Deux incidents au large de cet archipel, les 15 et 19 février, montrent que la Chine envoie un message selon lequel elle ne respecte plus ni les frontières maritimes, ni les frontières aériennes de Taïwan, analyse Laurent Amelot, directeur du Programme Indo-Pacifique de l'Institut Thomas More.
Laurent Amelot est coauteur d'une note parue récemment: Le statu quo dans le détroit de Taïwan peut-il se maintenir ? - De Laurent Amelot, Charles-Emmanuel Detry et Éric Vincent Grillon
Si l'élection de William Lai à la présidence de Taïwan, le 13 janvier dernier, réaffirme l'identité de la nation taïwanaise au sein du monde chinois, elle ouvre une nouvelle phase de tension entre les deux rives du détroit de Formose dont les conséquences, à terme, seront loin d'être négligeables. La décision unilatérale de Pékin de modifier la trajectoire de la route aérienne civile M503, près de la ligne médiane, le 31 janvier, et l'incident mortel du 15 février, confirment les contours d'une stratégie chinoise de tensions sous le seuil, aux parades incertaines.
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Le 15 février 2024, deux pêcheurs chinois se sont noyés donc à environ un mile marin au large de l'archipel de Kinmen après avoir été pourchassés par les garde-côtes taïwanais. Ils étaient entrés dans les eaux interdites, en application de la doctrine taïwanaise sur les «eaux restreintes» énoncée dans les années 1990, avant de tenter de fuir. La Chine a immédiatement condamné l'incident, accusant les garde-côtes de Taïwan de recourir à des méthodes «violentes et dangereuses» avec «une intention malveillante». Deux jours plus tard, la division de Fujian des garde-côtes chinois a annoncé son intention de renforcer la surveillance et les patrouilles afin de faire respecter plus précisément sa juridiction légale autour de Kinmen. Cette nouvelle approche a conduit à un autre incident le 19 février 2024, au cours duquel les garde-côtes chinois ont arraisonné et inspecté de force un navire touristique taïwanais à destination de Kinmen.
«Kinmen, laboratoire de la stratégie chinoise contre Taïwan» (lefigaro.fr)
