Crise de l'énergie : comment l’Union européenne a sacrifié sa production énergétique sur l’autel de la décroissance - Par Cyrille Dalmont
Dans son dernier rapport, l’institut Thomas More démontre que l’UE est la seule grande région du monde où la production et la consommation d’électricité baissent depuis plusieurs années.
Atlantico : Alors que la crise de l’énergie continue d’impacter les foyers et les entreprises,l’Union européenne reste la seule grande région du monde à la considérer comme un simple bien de consommation et non comme une ressource stratégique. Pourquoi ?
Cyrille Dalmont : Cette vision du marché de l’énergie tient au fondement même de l’Union européenne. Dans ces traités constitutifs, l’UE a défini que son rôle était de libéraliser les réseaux. La clé de voûte de ce fonctionnement est le consommateur. Pour le satisfaire, une concurrence soi-disant « pure et parfaite » a été mise en place pour proposer des prix attractifs en oubliant totalement l’outil de production. En somme, en libéralisant le marché du gaz, de l’eau et de l’électricité, l’UE ne fait qu’appliquer les traités. Par conséquent, les sources d’énergie des États membres sont devenues des biens de consommation soumis à l’offre et à la demande.
Quelles sont les contraintes qui pèsent sur la production et la consommation d’énergie européenne et quelles sont leurs conséquences ?
En créant un marché commun de l’énergie, l’Union européenne a réquisitionné à ses Etats membres leurs compétences sur le sujet. Désormais, c’est la Commission européenne qui impulse la politique énergétique et elle fait ce qu’elle est censée faire : dérégulariser le marché de l’énergie, autoriser la concurrence complète entre les opérateurs et casser les monopoles nationaux. Ce positionnement a un impact direct sur plusieurs secteurs dans un contexte de baisse de la production d’énergie. Si vous êtes une entreprise, et que vous n’êtes pas protégée par un bouclier tarifaire, vous devez vous fournir en énergie sur un marché ouvert à la concurrence avec un volume d’énergie disponible en baisse constante depuis plusieurs années. Par conséquent, les prix atteignent des sommets et il devient ardu pour les sociétés de se fournir en énergie. En 2023, l’entreprise Cofigeo, (William Saurin, Garbit, Raynal et Roquelaure, Zapetti…) avait dû fermer plusieurs sites de production, car la facture énergétique était trop élevée. Les entreprises de l’armement se retrouvent elles aussi impactées. Sur le marché de l’énergie, elles sont bien souvent en concurrence avec les GAFAM.
