Peut-on et surtout veut-on retrouver notre prospérité? - Par Loïk Le Floch-Prigent

Le prix de l’énergie est maintenant devenu une véritable entrave au développement ou tout simplement à la présence d’usines sur notre sol. Et ce que l’on nous promet à partir de 2026 s’annonce encore pire.

Article publié dans le numéro 19 du magazine Transitions & Energies.

L’endettement colossal de la France, le déficit commercial qui ne cesse de s’accroître engagent notre pays dans une spirale infernale dont il va bien falloir sortir. Et ce n’est pas en multipliant les normes et règlements sur les entreprises, les sanctions, en relevant les prix de l’énergie, en maintenant ou en inventant des impôts nouveaux en les appelant « taxes » que l’on va résoudre les problèmes du secteur productif.

Nous avons besoin d’une industrie vivante et conquérante, innovative, nous avons besoin d’investissements importants tout en conservant des raisons d’espérer rester compétitifs. Les nouvelles ne sont pas bonnes à cet égard. Produire en France est de plus en plus cher, de plus en plus entravé, et le prix de l’énergie est maintenant devenu un obstacle supplémentaire au développement ou tout simplement à la présence d’usines sur notre sol.

On ne peut pas sauver à la fois EDF et ses clients industriels

Depuis des années, l’industrie classique, numérisée, automatisée, robotisée… a de plus en plus mal à survivre et n’a plus aucune visibilité susceptible de justifier des investissements en France indispensables à sa pérennité. Les deux dernières années sont à cet égard des cauchemars pour tous les industriels qui ont besoin de chauffer ou de refroidir. Et ce que l’on nous promet à partir de 2026 s’annonce encore pire.

Il n’y a pas de France prospère sans redressement industriel et plus généralement productif, il ne peut y avoir d’industries diversifiées sans une énergie abondante, bon marché et souveraine. Ce n’est pas le chemin qui est pris.

Il est clair que les personnes en charge du dossier énergétique ne sont pas responsables des erreurs du passé et de l’abandon progressif de la filière nucléaire amorcé dès 1997, il y a vingt-six ans. Il va être très difficile maintenant de sauver à la fois l’entreprise productrice, EDF, et ses clients, particuliers comme industriels, mais il faut au moins essayer et se confronter aux réalités !

Un appauvrissement généralisé

Notre pays s’est paupérisé, par conséquent le pouvoir d’achat s’est affaissé tandis que l’un de nos principaux et rares atouts compétitifs, le faible coût de notre électricité d’origine hydraulique et nucléaire, ne profite plus aux consommateurs. Et l’on prépare avec les nouveaux programmes d’investissements une situation qui va encore se dégrader dans les dix prochaines années. On envisage de fixer un prix de long terme de l’électricité préjudiciable à la fois à notre niveau de vie et à notre secteur productif !

Nous avons négocié en tant que pays avec la Commission européenne pour satisfaire les technocrates, puis en tant que propriétaire d’EDF pour que l’entreprise retrouve une rentabilité permettant de financer au moins en partie ses nouveaux investissements, mais on a oublié deux autres acteurs, les particuliers et les entreprises ! Pour les premiers, on retrouve les boucliers, c’est-à-dire on continue à s’endetter [...]