Le nouveau péché capital : la discrimination, et la religion de l’indistinction - Par Pierre-André Taguieff
Discriminer, au sens le plus général du terme, c’est distinguer ou différencier, sans porter un jugement de valeur sur ce qu’on distingue, ni appeler à un traitement inégal des éléments distingués. La discrimination est une activité cognitive élémentaire permettant de catégoriser et d’élaborer des classifications.
Appelons à la barre le psychologue Théodule Ribot, qui, dans La Psychologie anglaise contemporaine (1881), affirmait que « le fait le plus primitif de la pensée, c’est (…) le sens de la différence ou discrimination », et présentait la discrimination comme « la propriété fondamentale de l’intelligence ». Prenons quelques exemples de discrimination en ce sens neutre dans la littérature savante, qu’il s’agisse de l’anthropologie, de la sociologie ou de la science politique. Il en va ainsi de la distinction entre « nous et eux » ou « nous et les autres », qui fait surgir le problème de l’identité (qui sommes-nous ?) et de l’altérité (qui sont-ils ?). Telle est la discrimination élémentaire, qui reste axiologiquement neutre avant d’être interprétée suivant telle ou telle grille idéologico-politique. Ce « nous » peut avoir pour référence le genre humain (distingué des non-humains), telle ou telle civilisation, tel ou tel groupe ethno-racial, telle ou telle nation. Dans ce dernier cas s’impose la distinction entre citoyens d’un État-nation et étrangers. Les interprétations de la distinction élémentaire n’échappent pas ordinairement au phénomène universel qu’on appelle ethnocentrisme ou sociocentrisme. Elles oscillent entre le sociocentrisme dit positif (l’idéalisation du « nous » et l’abaissement ou la stigmatisation de l’autre, présupposé du racisme) et le sociocentrisme dit négatif (l’idéalisation de l’autre ou la préférence pour l’autre et la dépréciation du « nous », travers de l’antiracisme désigné par les expressions « haine de soi » ou « honte de soi »).
On sait que, dans une nation démocratique qui est un État de droit comme la France, seuls les citoyens se voient reconnus la plénitude des droits politiques. Et que, dans la fonction publique, les emplois relevant de la souveraineté de l’État ou d’un secteur régalien (Justice, Intérieur, Budget, Défense, Affaires étrangères) ne sont accessibles qu’aux nationaux.
Le patriotisme n’est pas incompatible avec l’universalisme moral.
Cette inintelligence de la politique illustre une forme de bêtise idéologisée très répandue dans les milieux extrémistes de gauche qui, en manque de nourritures psychiques depuis l’évanouissement de leurs certitudes marxistes, consomment ce nouvel opium des élites politico-intellectuelles.
Si l’immigration est inéluctable, au point d’incarner une fatalité, il n’y a qu’une politique possible : celle de l’adaptation au processus fatal.
La culpabilité ontologique de « l’homme blanc » fait couple avec l’identité victimaire du non-Blanc, dont le ressentiment et l’esprit de revanche ou de vengeance est jugé naturel et légitime.
Le nouveau monde humain idéal est peuplé de migrants et de nomades. L’inversion de la préférence nationale en préférence dénationale est en cours.
