Israël-Palestine · L’impossible solution à deux États - Par Gilles Delafon
Dès l’attaque terroriste du Hamas palestinien le 7 octobre 2023, sidérée par la barbarie des assaillants et révulsée par l’ampleur du massacre, la communauté internationale en appelait pour ramener la paix à la solution dite des « deux États » – c’est-à-dire la création d’un État palestinien aux côtés de l’État israélien. Depuis près de cinq mois, les efforts diplomatiques se poursuivent en ce sens. Pourtant, un tel projet ne résiste pas à une analyse approfondie de la situation. Il est devenu proprement irréalisable. Mais, surtout, perpétuer les discussions autour d’un tel schéma appartenant au passé empêche de penser la paix, même lointaine.
Unanimisme, émotion et embarras
Mais brandir aujourd’hui la « solution à deux États » comme la panacée pour ramener la paix dans la région relève davantage de l’incantation naïve que de la réflexion aboutie, du vœu pieu que de l’ambition assumée. Cette soudaine volonté retrouvée de s’attaquer au dossier israélo-palestinien, affichée dans les tourments d’une émotion sincère, ne traduit en réalité qu’un gigantesque embarras. Il y a dans cette déclaration trop rapide une culpabilité occidentale, moyen-orientale également, et assurément une lassitude planétaire.
La « solution à deux États », irréalisable et irréaliste
Que cela plaise ou non, il n’est ni responsable, ni crédible, de promouvoir aujourd’hui la « solution à deux États » sans s’être livrer préalablement à une évaluation sérieuse de sa faisabilité, sans sonder les mentalités des populations concernées, sans mesurer la réelle détermination des acteurs impliqués, sans intégrer le contexte international extrêmement troublé et, last but not least, sans identifier les rares leviers politiques seuls à même de dégager de nouvelles marges de manœuvre pour ramener les protagonistes à la raison. Relancer des négociations sans tirer les leçons des erreurs passées condamne les protagonistes à les reproduire et à échouer de nouveau. Convoquer d’interminables négociations diplomatiques en forme d’alibi pour la galerie, ou au mieux pour les consciences, ne peut que nourrir les frustrations et repousser des échéances que l’on sait forcément dramatiques.
S’affranchir de la « solution à deux États » pour penser la paix lointaine
Au lendemain du 7 octobre, l’historien Henry Laurens, professeur au Collège de France, titulaire de la chaire d’histoire contemporaine du monde arabe et auteur de cinq volumes sur le sujet, jugeait ce problème dorénavant « insolvable » et constatait amèrement : « Les Israéliens ne peuvent voir dans les Palestiniens que leur propre mort et les Palestiniens ne peuvent voir dans les Israéliens que leur propre mort ». Si, comme il est à craindre, Henry Laurens a raison, il convient de s’affranchir de l’illusoire « solution à deux États » pour penser la paix, même lointaine, sans doute très lointaine.

