France : au pays du jacobinisme triomphant - Par Franz-Olivier Giesbert


Si nous étions gouvernés, ça ne se passerait pas comme ça… Le retour de l’antisémitisme, l’affaire de la loi immigration, la colère des paysans témoignent encore aujourd’hui d’un jacobinisme triomphant.


Referons-nous un jour nation, pour reprendre une formule d'Emmanuel Macron ? Pas tant que le Tout-État parisien paraîtra à ce point hors-sol, déconnecté, à l'image de cette présidence qui ressemble de plus en plus à un interminable numéro de trapèze volant. Tels sont les effets de l'hypercentralisation.

Si Robespierre a été guillotiné en 1794, le jacobinisme est plus vivant que jamais. La France est le seul grand pays de notre Vieux Continent où tous les pouvoirs politiques, médiatiques ou financiers sont concentrés dans l'entre-soi de sa capitale, mais pour quoi faire ? Chaque jour nous apporte une nouvelle preuve de cette incongruité, la crise agricole comme le reste.

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L'incroyable succès du livre de Gilles-William Goldnadel, Journal de guerre, c'est l'Occident qu'on assassine (Fayard, 300 p., 19,50 €.), montre bien que le village parisien n'est pas la France. Même si l'on ne souscrit pas à toutes ses antipathies, il s'en faut, voilà un ouvrage sincère et fort que la doxa avait mis à l'index et qui fait un tabac en librairie : ce sont les confessions d'un Français juif au cœur blessé, qui raconte ses émois depuis le méga-pogrom du 7 octobre dernier en Israël. Ne cachant rien, à commencer par ses angoisses nocturnes, il dénonce avec colère ou ironie, selon les jours, l'antisémitisme qui monte.

Les chiens sont lâchés. Pour n'avoir jamais été des panégyristes de Netanyahou ni de la « colonisation » de la Cisjordanie, nous n'en jugeons pas moins révoltant, pour ne pas dire répugnant, le traitement hystérique par beaucoup de médias des derniers événements du Proche-Orient. Souvent biberonnés à l'islamo-gauchisme, ils présentent sans arrêt Israël comme le Grand Satan, donnant raison à la prophétie du philosophe Vladimir Jankélévitch, qui écrivait en 1971 : « L'antisionisme est l'antisémitisme justifié, mis enfin à la portée de tous. Il est la permission d'être démocratiquement antisémite. Et si les Juifs eux-mêmes étaient des nazis ? »

L'Histoire ressert ses affreux plats : partout dans le monde, l'antisémitisme est de retour, promu désormais par l'extrême gauche et ses épigones, alors que, pour une fois, l'extrême droite ne suit pas le mouvement. Chez nous, le nombre d'actes antisémites recensés n'a pas attendu les représailles d'Israël contre le Hamas pour exploser à plus de 1 000 %, comme si le grand massacre de Juifs du 7 octobre (1 290 morts) avait donné des ailes aux antisémites. C'est ainsi, comme s'en lamente Gilles-William Goldnadel, que l'État juif a été… nazifié. Contre lui, tout est donc permis. Mais, Dieu merci, les Français ne se joignent pas à leurs délirantes « élites ». À la fin de l'année dernière, selon un sondage de l'Ifop, ils considéraient encore comme « justifié », à une large majorité, l'objectif d'Israël d'éliminer le Hamas.

La déplorable affaire de la loi immigration montre aussi le décalage abyssal entre les Français et les « élites ». C'est plus de la moitié d'un texte plébiscité par les Français que le Conseil constitutionnel, s'érigeant en institution politique, a décidé de jeter à la poubelle. Sans se prononcer sur le fond, il a censuré les rajouts de LR au projet gouvernemental en prétendant s'appuyer sur la Constitution alors qu'il s'assoit, en fait, sur l'article 45 de celle-ci, pourtant très clair, qui stipule que tout amendement est recevable « dès lors qu'il présente un lien, même indirect, avec le texte déposé ou transmis ». À quoi sert encore le Parlement, je vous le demande, si les neuf sages s'arrogent la politique migratoire de notre pays, dans la foulée du Conseil d'État, de la Cour de justice européenne ou de la Cour européenne des droits de l'homme ?

Étonnez-vous que l'immigration atteigne des chiffres vertigineux : en 2023, si l'on prend la peine d'ajouter les premiers titres de séjour (323 260) aux premières demandes d'asile (145 522), on obtient le chiffre de 468 782, auquel il faut rajouter les clandestins, qui, selon le ministre de l'Intérieur, seraient entre 600 000 et 900 000 sur notre territoire ! Voilà ce qui arrive quand on laisse les institutions européennes ou nos hauts magistrats tout décider à notre place. Même chose avec la politique agricole qui a consisté, depuis des lustres, à laisser pisser le mérinos bruxellois. Quand aura-t-on en France un président qui préside, un gouvernement qui gouverne et ne se borne plus, comme nos chères vaches, à regarder passer les trains, c'est-à-dire, ce qui revient au même, à faire de la com jusqu'à plus soif ?

Bombardés de normes et d'injonctions contradictoires, les agriculteurs méritent notre soutien, qui subissent à la puissance mille la bureaucratie tatillonne sous le joug de laquelle nous vivons. Ce sont eux que notre pays plébiscite pour protéger la nature et l'environnement, et non les « escrologistes », ces imposteurs urbains, enfants gâtés du système, qui, souvent, n'ont jamais vu une bouse de leur vie.

Si nous étions gouvernés, ça ne se passerait pas comme ça… (lepoint.fr)