Quel est le coût de la République des consultants ? - Par Aliénor Barrière
Les pouvoirs publics confient une part de plus en plus importante de leur travail à des cabinets de consultants privés, et ce à des prix faramineux dont même la Cour des comptes ne parvient pas à établir le montant.
Les étudiants de Science Po déboursent en moyenne 5350€ pour le bachelor et 6750€ pour le master. Les contribuables doivent s’en féliciter car ils versent un salaire à tous les autres étudiants ayant vocation à travailler pour le public : IRA, ENA, ENS, Polytechnique… La raison invoquée est qu’il est normal que la société paye les études de ceux qui vont ensuite consacrer leur vie professionnelle à la bonne marche du pays ; une sorte d’investissement, donc. Or il y a un hic : alors que nos ministères sont remplis de ces diplômés prometteurs, ils sollicitent de plus en plus des cabinets de consultants privés pour effectuer leurs tâches, et ce à des prix qui ne cessent de s’envoler.
Que l’administration française ait besoin de coups de pouce du privé pour acquérir des méthodes plus efficaces et plus souples, on peut le comprendre ; mais que des pans entiers du travail des ministères et des établissements publics soient délégués à des consultants (dont les honoraires s’ajoutent aux salaires des fonctionnaires en place), voilà qui montre une faille du système. Une situation que dénonce la Cour des comptes, laquelle relève des enjeux « qualitatifs et d’ordre stratégique, en matière de gestion des moyens de l’Etat, de définition et de mise en œuvre de ces politiques ». Ces défauts qualitatifs et stratégiques se répercutent directement sur la façon dont les agents publics perçoivent leur travail : pour 80% d’entre eux, il comporte une bonne part d’absurdité.