Ukraine : L’intérêt français n’est pas à une guerre européenne -Par Edouard Husson

Les signes se multiplient que l'Allemagne ne veut pas contribuer à l'escalade avec la Russie dans la crise ukrainienne. Pourtant, Emmanuel Macron ne saisit pas l'occasion qu'il y y aurait de garder un sens à la coopération franco-allemande. Faut-il que la France ait perdu le sens de la diplomatie qui a longtemps caractérisé ses interventions sur la scène internationale.


On connaît le célèbre tableau représentant l’entrevue d’Erfurt entre Napoléon et Alexandre Ier. Pendant la première quinzaine d’octobre 1808, l’Empereur tenta de convaincre le tasar de s’allier à lui contre l’Autriche. Le peintre, Nicolas Gosse, a placé Talleyrand au milieu du tableau. En effet, congédié par Napoléon, il avait finalement été rappelé par celui-ci pour le Congrès d’Erfurt. Mais le prince-diplomate s’estimait délié de toute loyauté envers l’Empereur – dont il désapprouvait la politique étrangère de plus en plus aventuriste. Devenue une puissance de négociation à lui seul, pensant à l’intérêt supérieur du pays, Talleyrand traitait avec Alexandre comme avec napoléon. Et, malgré l’insistance de ce dernier, il convainquit le tsar de ne pas s’allier à la France contre l’Empire d’Autriche.

Certains y virent une trahison, après coup. Talleyrand pensait oeuvrer pour la paix de l’Europe. Il se trouvait dans une position étonnamment semblable à celle d’aujourd’hui, où la mentalité impériale des Américains essaie de coaliser les Européens contre son ennemi. Et où l’attitude sage consisterait, de la part de la diplomatie européenne à faire échouer la coalition pro-américaine pour préserver la stabilité du continent.