Dissuasion nucléaire : l’insoutenable légèreté de Macron - Par Nicolas Baverez

La volonté du chef de l’État d’« européaniser » la capacité de dissuasion nucléaire de la France n’a pas de sens.


Depuis le général de Gaulle, la dissuasion nucléaire est la clé de notre défense et de notre indépendance. Dans son esprit, elle réassurait l'État, qui était la colonne vertébrale de la nation pour affronter les chocs de l'histoire et conjurer le spectre de la débâcle de juin 1940 : « Il faut que la défense de la France soit française », martelait-il dans son discours au Centre des hautes études militaires le 13 novembre 1959. « Un pays comme la France, s'il lui arrive de faire la guerre, il faut que ce soit sa guerre. » Elle est directement liée au statut de membre permanent du conseil de sécurité de l'ONU, qui fait de notre pays l'un des garants du système international.

La doctrine française de la dissuasion a été maintenue par tous les présidents de la Ve République. Les vecteurs, les fusées et les têtes ont été modernisés. Les armes tactiques et les missiles terrestres du plateau d'Albion ont été démantelés. Mais les principes sont restés inchangés. La dissuasion est destinée à garantir en toutes circonstances la préservation des intérêts vitaux de la France, qui ne sont pas définis mais au sujet desquels il est acquis qu'ils ne se limitent pas aux frontières du territoire national. Elle s'inscrit dans une logique de dissuasion du faible au fort et de stricte suffisance. Sa crédibilité repose sur la rapidité et la fiabilité de la décision, indissociable de la complète autonomie de la chaîne de détection, de communication, de commandement et d'opérations. Ainsi, la contribution de la dissuasion française à la défense de l'Europe a été reconnue par l'Otan, mais la France ne participe pas au groupe des plans nucléaires de l'Alliance, y compris depuis sa réintégration dans l'organisation militaire intégrée en 2009.

Au fil d'une cascade d'interventions, à la Sorbonne, dans une interview aux journaux du groupe Ebra et dans un entretien à The Economist, Emmanuel Macron a apporté trois inflexions majeures à la doctrine française de la dissuasion. Il a proposé de l'européaniser en la partageant avec nos partenaires. Il l'a intégrée à la défense conventionnelle en la liant aux systèmes antimissiles et aux armes à longue portée. Il l'a placée à l'échelle du continent en souhaitant que le débat s'ouvre au sein de la Communauté politique européenne, forum de discussion dont la quatrième réunion est prévue au Royaume-Uni le 18 juillet.

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