Le droit doit être au service des libertés - Par Thibault Mercier
Défendre la vision jus naturalisme du droit, former les futurs praticiens, telles sont quelques-unes des missions du Cercle Droit & Liberté qui fête ses dix ans. Entretien avec son président,Thibault Mercier, avocat. Propos recueillis par Jean-Baptiste Noé.
Le Cercle Droit & Liberté fête ses dix ans. Pourquoi a-t-il été créé, à quels besoins cherchait il alors à répondre ?
En sortant de nos études de droit, nous avions remarqué que l’Université ne formait plus du tout ses étudiants à devenir des esprits libres. Au contraire, il y régnait déjà (avant même les interdictions de conférences qui aujourd’hui se multiplient) un certain politiquement correct favorisant le développement du conformisme et d’un prêt à penser juridique.
Nous avons donc fait notre le mot de Charles Péguy énonçant qu’il valait mieux avoir une mauvaise pensée qu’une pensée toute faite. C’est ainsi à l’origine pour encourager l’esprit critique et la liberté d’expression (qui seule permet d’atteindre la vérité) que cette association a été créée.
Ce n’est qu’ensuite que nous avons compris que les atteintes à la liberté d’opinion n’étaient que la partie émergée de l’iceberg et que l’ensemble des libertés publiques étaient menacées par un Droit qui, confisqué par certaines élites, venait désormais servir des philosophies moins tournées vers la liberté et le bien commun.
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C’est donc pour remettre le droit au service de nos libertés que le Cercle Droit & Liberté existe désormais. En 10 ans, nous avons à cet effet organisé plus de 90 débats, conférences et colloques, publié près de 50 articles, déposé plus d’une dizaine de recours, formé des centaines de jeunes et fédéré un réseau de plus de 800 juristes attachés à la défense des libertés.
Le droit est souvent perçu par l’opinion publique comme un élément contraignant. L’épaisseur des différents codes (civil, droit du travail, etc.), ne cesse de croître, les réglementations deviennent de plus en plus contraignantes. N’est-ce pas paradoxal de l’associer aux libertés ?
Vous avez raison, le droit (en tout cas dans moderne du terme) est paradoxalement devenu un outil de contraintes et même les spécialistes peuvent s’accorder sur le sujet. Tout le monde pourra constater sans peine que partout où règne le droit, la liberté diminue : inflation législative et réglementaire, confiscation de l’espace public par l’État (pour les JO ou sous couvert d’écologie), surveillance de masses par la technologie (QR codes, radars intelligents), interdictions de manifestations, réunions et autres restrictions… La liberté est désormais contingente et cède devant les nouvelles idoles de notre temps : l’écologie, la sécurité, la tolérance, la lutte contre la haine, etc.
À l’origine pourtant, le droit ne signifiait pas « l’ensemble des règles applicables dans un espace juridique donné » mais charriait au contraire une vision finaliste : il avait pour but de servir la justice. Cela nous amène donc à la question suivante : le droit contemporain est-il encore du droit ? Même une mafia peut avoir une charte… Il est pourtant aisé de comprendre que ces règles ne sont pas nécessairement justes.
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Un des objectifs du Cercle Droit & Liberté est donc, comme énoncé dans la question précédente, de remettre le droit au service de nos libertés. Et nous considérons que cette liberté, même au prix de certaines douleurs ou d’un peu de désordre, sera toujours préférable à la soumission contrainte et à un confort abêtissant.
