Politique nationale, politique internationale... Ce qu'il faut retenir de la "grande explication" de Nicolas Sarkozy au Figaro - Par Laurent Sailly

En retrait de la vie politique, l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy brise le silence dans un entretien accordé au Figaro et livre son point de vue sur les différents sujets chauds de l'actualité récente. Clairvoyant, courageux, jubilatoire !


Concernant la fin de vie

"Tout ne peut pas être réglé par la loi", estime Nicolas Sarkozy, avant de poursuivre : "Il existe une zone grise, intime, où trois parties doivent avoir un dialogue profond, sensible et humain : le malade, sa famille la plus proche et le médecin. Ce moment doit-il être administrativement normé, réglementé, codé ? Je ne le crois pas", estime-t-il. Une réponse aux antipodes du choix fait par Emmanuel Macron de créer un modèle français de la fin de vie.

Concernant la situation en Nouvelle-Calédonie

Sur la crise actuelle en Nouvelle-Calédonie, l'ancien chef de l'état estime que le rôle du président "n’est pas d’être à équidistance des loyalistes et des indépendantistes, mais d’affirmer très clairement qu’il est aux côtés de ceux qui veulent rester Français, tout en respectant et en dialoguant avec les indépendantistes."
"À mes yeux, le débat est désormais clos, le processus a suivi son cours, il convient de confirmer le maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la France, de dégeler le corps électoral, de faire appliquer la loi et évidemment de rétablir l’ordre." et d’ajouter : "J’ai beaucoup fait pour la réconciliation des différentes communautés, notamment par la politique des deux drapeaux et en relançant les transferts de compétence, qui étaient au point mort quand je suis arrivé à l’Élysée. Pour le reste, prenons garde à ne pas surinterpréter politiquement ce qui relève du pillage, de la délinquance et de la criminalité."

Concernant un éventuel quatrième référendum réclamé par Marine Le Pen et le RN, Nicolas Sarkozy est clair et tranché : "Cette proposition de Marine Le Pen, qui reviendrait à donner raison à ceux qui cassent et qui pillent, témoigne d’un manque d’expérience et de sang-froid. Cela serait faire un gigantesque bond en arrière."

Concernant le lien entre la délinquance et l’immigration

L’ancien pensionnaire de l’Élysée a une nouvelle fois fait preuve de sincérité. "Qui peut sérieusement affirmer qu’il n’y en a pas ? Cela ne veut pas dire naturellement qu’un étranger est un délinquant. Mais bien sûr que le lien est évident. Le nombre des étrangers dans nos prisons et la part qu’ils prennent dans la délinquance en général sont sans appel. Le nier n’est rien d’autre qu’un nouveau déni de réalité." Un lien que conteste Valérie Hayer, tête de liste de la majorité pour les Européennes.

Concernant la possibilité d’un référendum sur cette question, l’ancien ministre de l'intérieur a ouvert la porte à cette idée mais en appelant également à revoir certaines dispositions européennes comme l’espace Schengen. "Il faut créer un gouvernement politique de Schengen constitué des ministres de l’Intérieur qui éliraient en leur sein un président et auquel serait rattaché Frontex. La maîtrise de nos frontières deviendrait alors un sujet politique, assumé par des dirigeants politiques qui auraient à rendre des comptes à leurs électeurs."

Concernant les élections européennes

Nicolas Sarkozy a donné son avis sur la liste menée par François-Xavier Bellamy et son ancienne famille politique pour les prochaines élections européennes. "J’ai beaucoup de sympathie pour François-Xavier Bellamy et je compte des amis sur sa liste, mais je ne cache pas les divergences que j’ai avec certains des dirigeants actuels des Républicains. Ils oublient que la droite, si elle ne se rassemble pas, ne peut pas gagner. Le rétrécissement de notre famille est un contresens politique autant qu’historique. Je ne peux m’y résoudre." Interrogé sur ce prochain scrutin, l’ancien chef d’État a confié avoir bien l’intention de "voter le 9 juin sans rendre mon choix public".

Concernant son opinion sur l'Exécutif

Même s’il affirme ne pas être d’accord avec toutes les initiatives d’Emmanuel Macron, Nicolas Sarkozy encourage les membres de sa famille politique à "utiliser son influence réelle", "pour que le président soit plus en harmonie avec la matrice politique actuelle de nos concitoyens, lui dont la tentation naturelle est sans doute d’aller vers le centre gauche."

L'ancien chef de l'exécutif a aussi salué le talent de Gabriel Attal, comparable, selon lui, à Gérald Darmanin.

Concernant  le conflit dans la bande de Gaza

Nicolas Sarkozy s’est dit favorable à une reconnaissance de l’État palestinien, à condition que "l’ensemble des composantes palestiniennes" accepte "la reconnaissance de l’existence d’Israël". "Il n’y a pas d’autre issue que la solution à deux États. Parce qu’elle est juste pour les Palestiniens. Et parce qu’elle est la seule véritable garantie de sécurité pour Israël", a-t-il expliqué.

Concernant la guerre en Ukraine

L'ancien locataire de l'Élysée prend à nouveau ses distances avec Emmanuel Macron. "L'entrée de Kiev dans l'UE ou dans l'Otan ne résoudrait en rien les problèmes actuels", précise-t-il. Quant à l'envoi de troupes au sol , "permettez-moi d'exprimer de sérieux doutes", dit Nicolas Sarkozy qui conclut : "A-t-on seulement réfléchi aux conséquences ?"