«Du message d'“alerte extrêmement grave” au QR code JO, l’avènement de la société de surveillance généralisée» - Par Rafaël Amselem

La notification «alerte extrêmement grave» envoyée sur le téléphone de nombreux Parisiens ce lundi, comme le QR code obligatoire pour se déplacer pendant les JO, devraient alerter tous ceux attachés aux libertés publiques, argumente Rafaël Amselem.

Rafaël Amselem est chargé d'études pour le think-tank libéral GenerationLibre.

Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J'ai reçu un télégramme de l'asile : « FR-ALERT : Alerte extrême 13/05/2024 08:00 PM IMPORTANT : message du Ministère de l'Intérieur relatif au périmètre de sécurité de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques du 18 au 26 juillet 2024 inclus. Pour la sécurité de tous, les accès aux lieux où se déroule la cérémonie le long de la Seine sont réglementés à partir du 18 juillet. Connectez-vous dès maintenant sur pass-jeux.gouv.fr afin de déposer votre demande de QR code. » Cela ne veut rien dire. C'était peut-être hier.

Au-delà de la boutade, et une fois exprimés nos vœux de prompt rétablissement à nos chers aînés victimes d'attaque cardiaque, il convient de prendre acte de l'évidence : à bas bruits, l'air de la liberté se raréfie. D'apparence comique, l'emploi du dispositif FR-ALERT à la manière d'une simple notification Le Figaro (que la rédaction me pardonne cette comparaison !), en dépit de toute absence de danger immédiat et majeur, symbolise l'état d'un pays où les discours et dispositifs qui ont trait à l'état d'urgence se normalisent dans le quotidien.

À la faveur de cette dynamique qui nous rend témoins de l'effritement continuel des libertés, nous voyons ressusciter un mauvais et lointain fantôme (et en grande pompe !) : le retour du QR code. Certes, l'ordre public fait partie intégrante de l'arsenal des libertés (quelle lapalissade…). Imagine-t-on sérieusement affirmer l'inanité de toute forme d'organisation sécuritaire à l'approche des Jeux olympiques ? A fortiori lorsqu'on considère le haut niveau de conflictualité à l'international et les personnalités attendues. L'enjeu n'est pas là, et il appartient légitimement à l'État de planifier ces choses à la manière de n'importe quel stade qui accueille un concert ou un match de football.