«En dix ans, l’UE a admis l’équivalent d’un nouvel État membre entièrement composé de demandeurs d’asile» - Par Nicolas Pouvreau-Monti
Alors que l’Union européenne traverse une décennie de tous les records en matière d’immigration, sa capacité à répondre au défi migratoire devrait être un enjeu majeur des prochaines élections européennes, analyse Nicolas Pouvreau-Monti de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie.
À n’en pas douter, les élections européennes du 9 juin prochain prendront des formes singulières selon les contextes nationaux. L’UE contemporaine est constituée de vingt-sept démocraties, chacune correspondant à une société distincte avec ses aspirations propres. Cependant, en France comme dans un grand nombre d’autres pays de l’Union, un dénominateur commun apparaît déjà de manière incontestable : la prédominance du sujet de l’immigration dans la campagne qui s’amorce.
La primauté généralisée de ces enjeux dans la discussion préélectorale ne tient pas du hasard. D’abord parce que les institutions de l’UE ont élargi de manière significative leurs prérogatives migratoires au cours des dernières années, comme en a témoigné l’adoption récente du pacte sur la migration et l’asile par le Parlement européen. Mais aussi - surtout - car un fait majeur percute les équilibres politiques sur le continent : l’Union européenne vient de connaître une décennie de tous les records en matière d’immigration. Cette dynamique poursuit son accélération et reconfigure les paysages politiques.
«8 millions de premières demandes d'asile enregistrées dans l'UE entre 2013 et 2023»
Un regard complet sur les grandes tendances de flux à l’œuvre dans les États membres peut notamment se fonder sur les solides bases de données consolidées par Eurostat - l’office statistique de la Commission européenne. L’analyse de celles-ci permet de saisir toute l’ampleur du choc migratoire auquel l’UE se trouve confrontée depuis le début des années 2010.
Huit millions de premières demandes d’asile ont été enregistrées dans l’UE entre 2013 et 2023, dont 1 million dans la seule France. Il faut prendre la mesure de ce que représente un tel volume : en termes démographiques, ces flux cumulés équivalent à l’admission par l’UE d’un nouvel État membre, entièrement composé de demandeurs d’asile, qui serait le quinzième par la taille de sa population - immédiatement après l’Autriche et avant la Bulgarie. L’octroi de l’asile aux demandeurs n’est certes pas systématique, mais l’éloignement des déboutés constitue un point majeur de difficulté dans la plupart des pays - en France par exemple : selon la Cour des comptes en 2015, 96 % des refusés du droit d’asile restaient sur le territoire après le rejet de leur dossier.
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Le nombre annuel de premières demandes d’asile enregistrées dans l’UE a été multiplié par 3 entre 2013 et 2023 : plus de 1 million de primodemandes ont été déposées l’an dernier, contre 338.000 en 2013 - soit une hausse de 210 %. Le franchissement de la barre symbolique du million de demandes n’était plus arrivé depuis la « crise des migrants » de 2015-2016. Il importe de constater que cette hausse générale recouvre des réalités différenciées selon les États. Entre 2013 et 2023, le nombre annuel de premières demandes d’asile a augmenté de 140 % en France ; mais aussi de 201 % en Allemagne, 408 % en Italie, 1300 % en Irlande et 3645 % en Espagne.
Nicolas Pouvreau-Monti : «En dix ans, l’UE a admis l’équivalent d’un nouvel État membre entièrement composé de demandeurs d’asile» (lefigaro.fr)
