Arménie-Azerbaïdjan: «Bakou teste la communauté internationale, avec la certitude qu'elle ne réagira que mollement» - Par Franck Papazian
Le bilan des violents affrontements à la frontière entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan est monté jeudi 15 septembre à plus de 170 morts. Pour Franck Papazian, Bakou s'est surarmée ces vingt dernières années, bien aidée par la Turquie d'Erdogan.
Franck Papazian est membre du Conseil de coordination des associations arméniennes de France. Il vient de publier Le Régime Erdogan. Une menace pour la France (Versilio/Robert Laffont, 144 p., 18 €).
LE FIGARO. - Le bilan des violents affrontements à la frontière entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan est monté jeudi 15 septembre à plus de 170 morts, selon un bilan encore provisoire. Comment expliquer ce regain de violences?
FRANCK PAPAZIAN. - L'Arménie annonce officiellement au moins 105 morts de son côté. L'Azerbaïdjan a lancé cette impressionnante offensive militaire dans le but de poursuivre la conquête des territoires de la République d'Arménie. Bakou teste la communauté internationale, tout en ayant la certitude qu'elle ne réagira que très mollement. L'Azerbaïdjan pourra ainsi poursuivre ses offensives meurtrières en toute impunité.
La France a annoncé qu'elle allait saisir le Conseil de sécurité de l'ONU. Est-ce suffisant? La France, et plus largement l'Europe, doivent-elles intervenir pour faire cesser les affrontements?
C'est une bonne chose mais c'est très loin d'être suffisant. Le Conseil de Sécurité de l'ONU doit envoyer sur place des casques bleus pour protéger les populations arméniennes. L'Azerbaïdjan se moque des condamnations verbales. Depuis 1994, Bakou a violé environ de 6000 à 10.000 fois le cessez-le-feu tous les ans. La guerre des 44 jours, à l'automne 2020, est une violation du cessez-le-feu. L'Azerbaïdjan ne respecte absolument pas les injonctions internationales. Et si l'ONU refuse l'envoi de forces de paix, alors la France devra prendre ses responsabilités. Va-t-on, en 2022, laisser un peuple se faire massacrer devant les caméras de télévision?
Erdogan et son équipe tentent de justifier l'intervention azerbaïdjanaise.
Au cours de la guerre des 44 jours, Erdogan a dépêché en Azerbaïdjan 80 experts militaires turcs qui ont piloté toute la guerre, 1200 soldats d'élite turcs spécialistes de la guerre en montagne et 2000 djihadistes syriens.
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